|
Chef de rubrique Karim Boukhari
La semaine Maroc
|
De (g. à d.) Abdelkrim Mouhafidi
et Abderrahim boualem. (AFP)
|
Otages marocains. Morts, sauf miracle
Abderrahim Boualem et Abdelkrim Al Mouhafidi, les deux otages marocains en Irak, sont sans doute morts depuis longtemps. Cette thèse, dont tous les observateurs du chaos irakien sont convaincus, a été un peu plus accréditée le 23 mai par les aveux de Ziad Khalaf al-Karbouli. Capturé par la Jordanie, ce ressortissant irakien a en effet avoué avoir pris part à lenlèvement des deux Marocains, le 20 octobre 2005, et les avoir livrés quelques jours plus tard à la branche irakienne dAl Qaïda menée par Abou Moussab al-Zarqaoui. Les derniers doutes sur lauthenticité du message condamnant à mort les Marocains, et |
|
délivré par Zarqaoui le 3 novembre, sont donc levés. Contrairement aux groupuscules mafieux, auteurs des enlèvements dautres otages libérés par la suite (la Française Florence Aubenas, lItalienne Giuliana Sgrena
), Zarqaoui na jamais demandé de rançon pour ses otages. Selon un diplomate en poste à Amman contacté par TelQuel, le poids politique et financier des deux otages marocains est de toute façon quasi nul. Il est extrêmement improbable que les ravisseurs aient couru autant de risques en les maintenant en vie aussi longtemps.
Suite aux aveux dal-Karbouli, le ministère des Affaires étrangères marocain sest contenté de diffuser un communiqué affirmant quil ny a aucun indice prouvant que les deux citoyens marocains ont été tués. Ni aucun indice prouvant le contraire
Pour peu que Zarqaoui nait pas pris la peine de filmer leur exécution, la situation pourrait durer ainsi éternellement. On imagine la détresse des familles
|
Années de plomb. La vérité sur le cas Ouazzane
Une délégation du CCDH est attendue le 27 mai à Agdz, où elle sapprête à déterrer une trentaine de corps à danciens prisonniers politiques morts dans le centre de détention secrète de la ville. Des prélèvements seront effectués sur place pour effectuer, plus tard, des tests ADN. Parmi les corps à identifier figure celui de Belkacem Ouazzane, lun des plus célèbres disparus des années de plomb. Ouazzane, ancien agent dautorité, avait été arrêté en 1973 suite aux événements de Moulay Bouazza. Libéré après un passage par la prison centrale de Kénitra, il a depuis disparu, probablement enlevé par des agents des services. A signaler que le Forum vérité et justice sera également présent pour assister à lopération de déterrement à Agdz, sur demande expresse de la famille Ouazzane. |
Ben Barka. Les témoins défilent
Le juge Patrick Ramaël, qui instruit laffaire Ben Barka en France, a auditionné Driss Basri, lundi dernier à Paris. Le procès verbal consigné à loccasion napporte rien de nouveau, chose que Basri a dailleurs confirmée dans une déclaration à lAFP (Je ne connais pas laffaire, je ny ai pas été mêlé). Mais il est possible, daprès nos sources, que Basri soit de nouveau convoqué par le juge. Un autre témoin risque de repasser devant le juge, Raymond Sasia, ancien responsable de la sécurité de Hassan II, auditionné quelques jours auparavant.
À Paris, les péripéties du dossier Ben Barka semblent suivies du plus grand intérêt par le département Nicolas Sarkozy, ministre de lIntérieur. |
Taoujni. Son retour sera chaud
Réda Taoujni, le président de lASM (Association du Sahara marocain) a été victime dune agression, dimanche dernier, quil semble imputer à des éléments proches du Polisario. Lagression, qui a eu lieu à Malaga où réside Taoujni, intervient au moment où lintéressé prépare son retour définitif au Maroc, et plus précisément à Casablanca, où il est attendu dans une dizaine de jours. Taoujni et son association, pour rappel, avaient choisi détablir leur plate-forme en Espagne dans ce qui ressemblait bien à un exil en 2003. Ils avaient toujours conservé des bureaux actifs au Maroc. |
Amnesty. Le rapport qui fâche
Dans son rapport rendu public le 23 mai, Amnesty International (AI) ne manque pas de titiller le Maroc. Sur le chapitre de lIER, aucune proposition nest faite en vue dobliger les auteurs présumés des violations à rendre compte de leurs actes. Côté lutte contre le terrorisme, AI trouve scandaleux que 1500 personnes aient fait lobjet de poursuites pénales et quil y ait 4 condamnations à mort. Au Sahara, cest surtout la mort suspecte de Hamdi Lembarki qui noircit le tableau. Enfin, les restrictions persistantes à la liberté dexpression ne manquent pas dalerter les auteurs du rapport. Verdict : peut mieux faire. |
Réformes. Le Figaro sceptique
Prenant prétexte de la convocation de Driss Basri par le juge Patrick Ramaël dans laffaire Ben Barka, le quotidien français Le Figaro a publié un article qui doute de la volonté du roi Mohammed VI de démocratiser le Maroc. Rappelant le camouflet subi par le juge lors de sa commission rogatoire à Rabat, le journaliste Thierry Oberlé note que le roi, tout en se montrant réformateur sur les droits de lhomme, savère être réticent sur le terrain des institutions politiques. En perspective des élections de 2007, le journal note que le roi acceptera de laisser les islamistes gouverner sils lui sont totalement soumis. À un moment où la réforme constitutionnelle est à lordre du jour, Le Figaro note quand même que depuis sept ans, il na jamais été question de revoir le partage du pouvoir. Un diagnostic cruel, mais juste. |
 |
Billet. La barbe !
2007 devient (déjà) synonyme de léventuelle victoire du PJD. Cela se ressent partout. Après lInstitut de sondage républicain qui a accordé 47% des intentions de vote au parti islamiste, cest au tour du Financial Times de le présenter comme un parti acceptable par Washington. Et même plus acceptable que Hamas et les Frères musulmans. Voilà qui peut rassurer outre-Atlantique. Au Maroc, les choses prennent une toute autre tournure, mais le résultat est le même : le PJD est mis à toutes les sauces. Il est lobjet dune prise de bec au Parlement avec les istiqlaliens, qui commencent (déjà) à se positionner par rapport à lui. Les défenseurs de la liberté le présentent (à raison) comme un épouvantail du Marock qui vit. Ses porte-plumes au Mouvement Unification et Réforme (MUR) se sentent obligés, à la Une dAttajdid, de tourner au ridicule les prémonitions dun tsunami marocain. Très attentif à la démocratisation en trompe-lil au Maroc, Le Figaro (lire ci-dessous) prédit que le PJD naura accès au gouvernement que sil se montre complètement soumis au roi. Il ajoute que, de toute façon, le pouvoir est cadenassé en haut lieu, et que le partage du pouvoir avec le PJD ou un quelconque autre parti nest pas à lordre du jour. Mais alors, pourquoi tant de frénésie à propos de 2007 ? Derrière cette focalisation médiatique sur les barbes lisses du PJD, plusieurs observateurs lucides attendent peu, en fait, de 2007. Faute de partis qui puissent renouent (vraiment) le contact avec la société, faute de leader visionnaire qui propose une politique alternative viable et juste, faute de pressions pour que le roi revoie ses pouvoirs à la baisse, faute de tout cela, 2007 semble (déjà) une formalité. Vu sous cet angle, passer plus dune année à PJDiser finira par nous sembler... barbant. |
|
Audiovisuel. Maroc Telecom sy met aussi
Le boom de laudiovisuel continue. Après les licences de radio et de télévision, cest Maroc Telecom qui décroche une précieuse autorisation pour une offre de télévision par ADSL, sur une durée de trois ans, renouvelable une fois. Pour cette autorisation, lopérateur historique a payé près de six millions de dirhams. Et bientôt, Maroc Telecom pourra vendre à ses abonnés des packs contenant 44 chaînes de télévision par ADSL, et non des moindres. Foxlife, National Geographic, Art sport, Art Cinéma, les Rotana, en plus des traditionnels TVM et 2M et dautres chaînes thématiques pour jeunes ou pour adolescents. Reste une inconnue : le prix. |
Al Adl. Parti en vue ?
Le cercle politique dAl Adl Wal Ihsane réfléchirait, daprès certaines confidences, à léventualité de se muer, une bonne fois pour toutes, en formation politique
après les élections de 2007. Cette idée germe au moment où la Jamaâ a vu 30 de ses membres (140, daprès son communiqué) interpellés, mercredi dernier à Témara, pour distribution de tracts en public. Cela reste une surprise puisque les militants de la Jamaâ ont déjà mené des opérations similaires (distribution de tracts) dans dautre villes du royaume, notamment à Casablanca et Oujda, sans être inquiétés, explique un spécialiste du mouvement de Yassine. |
Conduite. Tu ne doubleras point !
À Agadir, on ne parle que du cas de ce jeune avocat qui a eu la mauvaise idée de doubler la voiture royale, alors quil se rendait durgence au tribunal dInezgane où il avait une affaire à plaider. En quittant le tribunal dInezgane, sa voiture avait disparu, nous a indiqué un autre avocat. Daprès nos informations, le malheureux conducteur a été, par la suite, vivement secoué dans une séance dinterrogatoire au poste de police. Depuis, il refuse de dire un mot sur ses déboires. Aucune poursuite naurait été engagée contre lui, mais des avocats du barreau dAgadir réfléchissent à la possibilité démettre un communiqué de soutien : Il faut que lon sache quel est le problème, au juste : rouler trop vite ou doubler la voiture du roi ?. Sûrement les deux. |
Insécurité. Le ras-le-bol du peuple
Les habitants de Khénifra organisent, mercredi prochain, un sit-in de 30 minutes devant les sièges de la police et de la gendarmerie de la ville. Ils entendent ainsi protester contre le regain de violence et le climat dinsécurité qui a envahi la ville et sa région, depuis plusieurs mois déjà. Vol de bétail, agressions avec port de cagoules, enlèvements de jeunes femmes... La situation est dautant plus inquiétante que la police semble en sous-effectifs, explique Aziz Akkaoui, président de la section locale de lAMDH, qui encadre le sit-in. Khénifra sajoute ainsi à la liste (Fès, Fqih Ben Salah...) des villes insécurisées du royaum. |
 |
3 questions à Rachid Nini (Journaliste-Chroniqueur)
Votre chronique sur Assabah sest arrêtée depuis plus dune semaine. Où avez-vous disparu ?
Cest la chronique qui a disparu, pas moi. Je fais une grève décriture pour protester contre la censure. On a tout simplement annulé une de mes chroniques, sans même men avertir à lavance. Une chronique sur le secteur de la justice, comme tant dautres...
Justement, vous vous êtes déjà attaqué à dautres secteurs, tout aussi sensibles sans être censuré. Que sest-il passé, cette fois ?
Je me le demande. Peut-être que les responsables du journal font profil bas, maintenant quils ont des intérêts à préserver avec lEtat.
Vous lancez bientôt un journal quotidien. Cette censure ne fait-elle pas votre affaire ?
Il ny a aucune relation entre ces deux sujets. Mon problème aujourdhui, cest la censure dont jai fait lobjet et les déclarations de mon directeur concernant la non-vérification de mes informations. Sur 1000 chroniques virulentes en trois ans, le journal na été attaqué en justice que deux fois. Cest un record. Mais bon, dautres bons journalistes sont déjà partis dAssabah
Sinon, mon journal nest pas pour demain. Tout ce que je peux dire aujourdhui, cest quil me ressemblera. |
|
El Guerrouj. Ladieu aux larmes
On le voyait venir depuis plusieurs semaines, cest désormais officiel : Hicham El Guerrouj a finalement décidé de prendre sa retraite. Le champion marocain, qui aura 32 ans en septembre prochain, a tenu une conférence de presse en début de semaine où il a annoncé, les larmes aux yeux et des hoquets dans la gorge, la fin de son parcours sportif. Pas vraiment une surprise , mais un moment de pure émotion. El Guerrouj, qui cumule des soucis personnels depuis quelque temps, na prévenu ni la fédération dathlétisme, ni ses amis athlètes qui auraient aimé être présents pour le soutenir. Seul son sponsor a été mis au parfum à lavance. |
Parlement. Le PJD et lIstiqlal sengueulent
LIstiqlal salliera-t-il au PJD dans la perspective des prochaines élections 2007 ? Divers indices, en tout cas, ne laissent rien présager de tel. Dernier en date : mercredi 24 mai, au Parlement, le ministre chargé des relations avec le Parlement, Saâd Alami, rejoint par dautres personnalités istiqlaliennes, a vertement répondu aux protestations du groupe du PJD emmené par Mustapha Ramid, qui se plaignait du fait que les ministres ne répondaient pas toujours à ses questions écrites. |
 |
Humeur. Underground
À limage du festival dEssaouira, le Boulevard des musiciens (8ème édition la semaine prochaine à Casablanca) sonne comme une douce revanche pour le peuple underground de ce pays. Il y aura de la place pour des originaux qui pousseront comme des champignons surgis de nulle part. Vous savez, ces mecs qui ont oublié de passer chez le coiffeur depuis des années, ces fumeurs dherbe, ces déconneurs chroniques, cette faune inquiétante et tous ces excités qui nous font changer de trottoir... Les OVNI humains, les représentants du 3ème type croiseront les musiciens, les promeneurs BCBG et quelques gens normaux. Alléluia, mes amis ! Les uns seront mixés aux autres dans un ensemble qui rappellera combien le plus beau pays du monde est un truc bigarré, composite, qui ressemble à tout sauf à limage sage et uniformisée quon a longtemps voulu nous coller au crâne. Et cest formidable. On respire. On naura plus honte davoir un peu plus de poils que la moyenne nationale, de porter des jeans qui ont déserté la machine à laver de maman, de danser en marchant sur les pieds de sa partenaire, de perdre tout simplement (mais gentiment, hein !) les pédales, comme au bon vieux temps. Douce revanche, donc, pour les gens qui ont traversé les tristes années 1980 comme des âmes en peine, pour celles et ceux qui ont longtemps gommé leur différence, cette petite chose qui nappartient quà eux mais qui dépasse. Oui, mon frère, tu ne seras plus obligé daimer George Michael pour plaire à une fille, tu nauras plus besoin dêtre bien coiffé pour passer à la télévision, tu nauras plus peur devant le premier uniforme, la première moustache de flic. Et tu ten sortiras, oui, tu ten sortiras, même si tout cela ne plaît pas forcément à maman et à papa... |
|
VITES !
Le derby Wac-Raja a paralysé la circulation à Casablanca pendant plus de 30 minutes, dans la soirée du mercredi. Lévénement, qui rappelle étrangement les visites royales, a frappé les principales artères de la ville. Onze bus (seulement a précise un responsable de la police sur 2M !) auraient été incendiés avant même le début de la rencontre.
Le Parti de la vigilance et de la vertu (PVV), fondé par lancien PJD Mohamed Khalidi, na toujours pas obtenu son récépissé des autorités. Cela fait quatre mois quon attend, rappelle le parti dans un communiqué rendu public. Dautres partis de création récente (comme Annahda) sont logés à la même enseigne.
Notre confrère Mustapha Antara, journaliste à Al Moustaqil, a mis au point un livre dédié à lamazighité. Le livre, rédigé en arabe, rassemble des entretiens réalisés avec une vingtaine de spécialistes de la question amazighe au Maroc, en plus de certains acteurs politiques. Il devrait être prochainement édité par le centre Tarik Ibn Zyad.
500 000 Marocains sont mal voyants à cause de la cataracte. Cest ce que révèle un texte préparé par le 1er congrès dimplantologie et de chirurgie réfractive (ophtalmologie), qui se tient à Casablanca. Le document nous apprend que la greffe de la cornée est pratiquée dans le seul hôpital du cheikh Zayd à Rabat. |
|