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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Le beur crie, le Marocain parle”

Antécédents
Noureddine Karam
Animateur radio
(TNIOUNI / NICHANE)

1968. Naissance à Khouribga puis départ en France à l’âge de 4 ans.
1989. Baccalauréat scientifique à Strasbourg.
1997. Troisième cycle en sciences sociales.
2003. Chargé de communication à la mairie de Paris.
2006. Présente Maroc 1, Sebt El Hayha et VIP sur RTM chaîne inter.

Smyet bak ?
El Maâti ben Ahmed.

Smyet mok ?
Lakbira Charkaoui.

Nimirou d’la carte ?
Q 84 24 21.

Tiens, je croyais que vous étiez du genre à brandir une carte de séjour plutôt qu’une bonne vieille CIN !
Non, mais j’ai ma carte d’électeur français si vous voulez. Et je vote Ségolène, pour tout vous dire.

C’est votre problème. Depuis bientôt cinq mois, vous animez l’une des émissions les plus écoutées de la bande FM. Vous vous êtes enfin rendu compte qu’il n’y a qu’au bled qu’on peut avoir son quart d’heure de gloire ?
En tout cas, ce n’est pas ce que je cherchais et je crois que tout le monde mérite bien plus qu’un quart d’heure de gloire. Nos parents nous ont toujours dit qu’un jour ou l’autre, il fallait revenir au pays. Mais j’avoue que je suis encore étonné qu’on me reconnaisse dans la rue, qu’on vienne me saluer. Je suis un monsieur tout le monde. Je ne mérite pas d’être aimé à ce point.

C’est juste que vous n’avez pas encore attrapé la grosse tête. Il faut laisser le temps au temps …
Je ne l’attraperai jamais (la grosse tête) parce que je sais d’où je viens. Je suis le fils d’une famille pauvre et j’ai toujours remercié Dieu de m’avoir aidé à m’en sortir. Mon père, comme tous les MRE, a fui le Maroc le ventre vide, il a encaissé tous les coups pour se refaire une vie et nous éduquer. Aujourd’hui, il est complètement perdu. Je me suis rendu compte que pour lui, comme pour toute sa génération, l’image du Maroc s’est figée dans leur tête le jour où ils ont traversé le détroit. Leur Maroc est vieux de 40 ans, au moins.

Votre émission est un mix de chaâbi, de darija et de paroles du terroir. Ce n’est pas très beur, tout ça…
La première fois sur RTM Chaîne inter, j’étais venu présenter une émission destinée aux beurs qui rentraient en été. Mais à ma grande surprise, les Marocains d’ici ont beaucoup apprécié également. J’en ai conclu qu’on a tous besoin d’un petit beur chez soi. Et beaucoup de gens continuent à m’accueillir aimablement tous les soirs chez eux.

Votre émission propose aux auditeurs de parler de leurs histoires d’amour, de ce qui les chagrine. Vous qui êtes diplômé en sciences sociales, vous avez compris quelque chose aux Marocains ?
J’ai compris deux choses à travers mon parcours à la radio. En France, le beur crie. Au Maroc, le Marocain parle. Parce que, sa vie durant, le beur a parlé sans que personne ne l’écoute. Le Marocain lui, parle parce que, jusqu’ici, on lui a demandé de fermer sa gueule. Aujourd’hui, il peut parler de tout. Dans mon émission, l’amour n’est qu’un prétexte, une clé pour rentrer dans l’intimité de l’auditeur et le pousser à sortir ce qu’il a au fond de lui. J’offre à chacun son quart d’heure de gloire, et cela me remplit de joie.

Vous faites 100 appels par heure, ce n’est pas de l’excès de vitesse ?
Si, mais j’ai ma ceinture.

Vous avez une revanche à prendre au Maroc ?
Quelque part, je réalise le rêve de mon père. Aujourd’hui, je suis fier de dire que je suis le fils d’un berger. Mais enfant, lorsqu’on me demandait ce que faisait mon père, je répondais maître nageur. Un homme d’autorité, mais beau gosse. Aujourd’hui, j’ai mûri et j’assume tout ce que je suis.

Aujourd’hui, on parle du phénomène Noureddine Karam. Mais croyez-vous qu’un phénomène est fait pour durer ?
J’ai ouvert une porte. J’espère que je vais continuer à m’amuser en travaillant. Je ne suis pas revenu au Maroc pour faire de l’argent. Je rentre au studio comme on monte sur un ring de boxe. Je ne prépare rien et je ne sais jamais qui sera au bout du fil.

On vous a déjà dit que vous dérapez souvent en voulant jouer à ould derb ?
Je ne me suis pas encore totalement adapté à la sémantique locale. Mais rassurez-vous, je finirai par comprendre toutes les illusions.

Ounta, chkoun lli mmeh’nak?
Cela fait quatre mois que je n’ai pas vu ma femme, elle dit qu’elle a besoin de temps pour se préparer à vivre ici. Je comprends. Mais c’est l’absence de ma mère qui est la plus dure à supporter.

 
 
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