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Par Karim Boukhari
Attentat du 11 mars.L'Intérieur reconstitue le puzzle (ou presque)
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Le cybercafé, à Sidi Moumen, où le
kamikaze Abdellatif Raydi sest fait
exploser le 11 mars.
(AIC PRESS)
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Les officiels marocains ont organisé un brief pour faire le point sur l'état d'avancement de l'enquête. Résultat : des vérités, des chiffres et des non-réponses.
Les absents ont eu tort, mais les retardataires aussi. Il faut écouter, nous n'avons aucun document à remettre à personne , nous explique d'entrée cet agent d'autorité, l'une des nombreuses sentinelles qui veillent au bon déroulement de cette séance de brief au cur même du ministère de l'Intérieur. Mohieddine Amzazi, wali directeur des affaires intérieures, pratiquement le numéro deux du département (ministère |
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de l'Intérieur), entame vite, et bien, une série d'explications, en s'aidant de son ordinateur portable. A lui les schémas commentés sans un gramme de trop, aux autres (les ministres Chakib Benmoussa et Fouad Ali El Himma), les observations sociopolitiques, le détail technique et le délicat exercice des questions - réponses.
Que nous a-t-on dit, ce soir-là ? En gros, une somme de révélations et de phrases dont beaucoup complètent, parfois contredisent, les théories nées de l'après-16 mai 2003. L'attentat du 11 mars, comme ceux du 16 mai, sont de purs produits marocains. Le seul rapport qui lie ces attentats à l'étranger est d'ordre idéologique, ont affirmé à l'unisson les responsables marocains. Discours étranger, main-d'uvre et logistique marocaines.
Des bombes et des produits toxiques
L'attentat du 11 mars est une opération artisanale, sans aucune sophistication, a résumé le ministre délégué à l'Intérieur. La preuve : Youssef Khoudri, le kamikaze (17 ans, fraîchement recruté et islamisé) qui a survécu à l'attentat du cybercafé, était ivre-mort au moment des faits. On commence à peine à y voir clair, le puzzle n'est pas tout à fait complet, prévient le ministre de l'Intérieur, Chakib Benmoussa, comme pour justifier que de nombreuses questions essentielles restent sans réponse. Quel était exactement le scénario prévu par les kamikazes, ce soir du 11 mars ? Pas de réponse. On sait, en revanche, que douze kamikazes (dont les deux de Sidi Moumen) se tenaient fin prêts pour exploser à tout moment. Ils ciblaient des sites touristiques et sécuritaires à Casablanca, Marrakech, Tanger et Essaouira, explique Mohieddine Amzazi sans plus de détails.
À ces 12 kamikazes, il faut en rajouter 18 (soit 30 au total) qui constituaient la cellule terroriste montée par Abdelfettah Raydi, le kamikaze qui a trouvé la mort à Sidi Moumen. Sur les 30 personnes, en relation pour la plupart avec les réseaux Ansar El Mehdi et Assirat Al Moustaqim, 6 sont toujours en fuite, probablement à l'intérieur du territoire marocain. C'est cela qui fait dire, entre autres, aux responsables marocains que le royaume est en danger. Il l'est d'autant plus que les explosifs saisis 48 heures après l'attentat, dans une mansarde au quartier Moulay Rachid, comportaient une substance nouvelle : le tétanos pathogène. C'est un produit hautement toxique, une bouillie à base de germes de tétanos, qui peuvent être inoculés à une personne par simple application sur une plaie quelconque et lui transmettre la maladie (le tétanos), explique Chakib Benmoussa. Question : est-ce que les terroristes maîtrisent les techniques d'utilisation de cette matière, où et quand comptaient-ils s'en servir ? Pas de réponse.
Le stockage de produits toxiques marque un changement de technique et de mentalité par rapport au 16 mai, explique pour sa part Fouad Ali El Himma. Une manière de glisser l'idée que, demain, les terroristes pourraient basculer vers d'autres techniques, d'autres mentalités : l'utilisation de détonateurs à distance par exemple. D'où l'intérêt, pour les sécuritaires, de se doter, au plus vite, d'un grand nombre d'experts en informatique et en biologie. Pour accélérer les choses, nous venons d'adopter en Conseil de gouvernement un décret qui autorise la DGSN (police) à recruter par assimilation des profils d'informaticiens et de biologistes, assure Chakib Benmoussa.
Vigilance et baraka
En fait, le Maroc n'a pas attendu le vrai-faux attentat du 11 mars pour enclencher le signal d'alarme. Prudence et vigilance (et baraka, s'est empressé de compléter un confrère présent au brief) sont notre devise puisque le risque zéro n'existe pas, ont expliqué nos responsables. La prudence et la vigilance ont commencé bien avant le 11 mars. Depuis le démantèlement, en 2006, des réseaux (Casablanca, Tétouan, Meknès, etc.) qui expédiaient les Marocains en Irak, nous savions que notre pays redeviendrait une cellule pour le terrorisme. Le staff sécuritaire, tous corps confondus, a été rassemblé au moins trois fois, rien qu'en février 2007. Contrôles aux frontières (ports, aéroports, frontières terrestres), émission de circulaires internes, coopération inter-services, surveillance des cibles potentielles, etc : tout a déjà été mis en oeuvre pour parer à toute éventualité. Entre le 11 février et le 10 mars, nous avons arrêté 223 personnes dont 186 ont été relâchés, précise ainsi Amzazi. On retient, quand même, que les deux kamikazes du 11 mars n'étaient pas recherchés, même si un Raydi a entamé son activisme (recrutement et formation de kamikazes, fabrication d'explosifs) dès novembre 2006. Pourquoi ? Peut-être parce que, comme nous l'a expliqué ce responsable en off, des terroristes, il s'en fabrique de nouveaux tous les jours. Comment en douter quand on constate que sur les 24 kamikazes potentiels arrêtés au lendemain du 11 mars, 16 sont âgés de 18 à 27 ans et 13 ont un casier judiciaire vierge. |
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Brief. Morceaux choisis
Mohieddine Amzazi, Fouad Ali El Himma et Chakib Benmoussa ont distillé, parfois en aparté, des phrases pleines de sens. Florilège.
Les explosifs étant conçus à partir de produits banals, il est très difficile d'établir leur traçabilité pour remonter la piste des personnes qui ont pu les acquérir
Nous n'avons établi aucun lien entre l'attentat de Sidi Moumen et celui du 11 mars 2004 à Madrid
Abdelfettah Raydi (le kamikaze mort à Sidi Moumen) se baladait avec sa ceinture d'explosifs depuis quatre jours
En plus des propriétaires de cybercafés, nous avons sensibilisé les drogueries pour signaler toute acquisition de produits de base qui pourraient servir à la confection de bombes artisanales, inhabituels par leur quantités ou par l'identité suspecte de l'acheteur
La quantité d'explosifs saisis à Moulay Rachid peut remplir plus de vingt ceintures de kamikazes potentiels
Même si l'heure est à la mobilisation, on ne peut pas placer un agent derrière chaque citoyen
Autorités et services de sécurité ont beaucoup de dossiers chauds sur les bras (Sahara, élections, terrorisme, etc.), elles ont besoin d'un climat détendu pour pouvoir avancer
Saâd Houssaïni (ndlr arrêté le 6 mars, il est soupçonné d'avoir organisé les attentats du 16 mai et d'être en liaison avec les nouveaux kamikazes arrêtés au lendemain du 11 mars) n'a jamais été un agent de la DST, il est du niveau intellectuel et organisationnel d'un Karim Mejjati
Tous les éléments du GICM (Groupe islamique Combattant marocain) à l'intérieur du Maroc ont été arrêtés, ils sont désormais déconnectés de leurs mentors à l'étranger
16 cellules terroristes ont été démantelées depuis juillet 2006, dont 11 étaient en liaison avec le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat)
Demain, les générations futures du Polisario seront plus islamistes que marxistes, mais aujourd'hui on ne peut pas dire qu'il existe des liens directs entre le Polisario et les terroristes du GSPC algérien
Les grâces royales ont été interrompues un moment parce qu'il n'y avait plus assez de candidats qui répondaient aux critères (dont celui d'être en bout de peine), mais demain elles reprendront, même si les critères seront plus sévères. |
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