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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Nadia Lamlili

Politique.
Mairie de Casablanca. Petits bavardages entre ennemis

Les débats au sein du Conseil
de la ville enflamment
les passions partisanes.
(TNIOUNI / NICHANE)

A quoi ressemble une session du Conseil de la ville ? De quoi discutent les élus ? Qui défend quoi ? Quels sont leurs arguments ? à Casablanca, les conseillers ne volent pas… très haut.


Mardi 20 mars. Wilaya du Grand
Casablanca. La session du Conseil de la ville, prévue à 9 h, démarre avec deux heures de retard. “Cela ne choque plus personne. C’est la politique !”, commente un cadre de la mairie en haussant les épaules. 11 h : abreuvés de thé, les conseillers se décident enfin à rentrer dans
la salle. Le maire de la ville, Mohamed Sajid, est assis à la tribune depuis une demi-heure. Songeur, le regard vide, il semble être dans un monde à part. Ce jour-là, son bureau, qui compte pas moins de 7 partis politiques, n’était pas au complet. Seulement 6 membres des 10 qui y siègent sont présents. Et les autres ? “Ils ne sont pas venus et on ne sait pas pourquoi”, marmonne un proche de Sajid, visiblement agacé.

Le maire requiert le silence. Il expose les six points à l’ordre du jour et demande aux conseillers d’en débattre. La salle s’agite. Les élus veulent d’abord réagir à l’attentat de Sidi Moumen pour témoigner “leur profonde indignation” et manifester leur colère contre “le peu d’intérêt” accordé par les dirigeants de la mairie à ces quartiers défavorisés. “Honte à vous M. le président ! Aucun membre de votre bureau n’était sur les lieux de l’attentat”, vocifère un élu de Sidi Othmane. “Au lieu d’encourager les festivals de la débauche, nous devons améliorer les conditions sociales des Marocains”, ajoute un conseiller du PJD. Il est tout de suite repris par un membre de l’USFP : “Taisez-vous ! Le PJD est la cause de cet attentat !” Mal lui en a pris. Les “frères” se lèvent d’un bond pour laver “leur honneur souillé par cette grave allégation”. Ils dénoncent “le terrorisme intellectuel” pratiqué par l’Usfpéiste et lui demandent de retirer immédiatement ses paroles. Ce dernier refuse.

Ils exigent alors que “cette accusation” soit notifiée dans le PV de la réunion. Une façon de mettre “l’agresseur” devant ses responsabilités…

Kafka à la mairie
La discussion, qui avait pour unique objectif de dénoncer l’attentat, a par la suite totalement sombré dans l’absurde. Pendant trois heures, les conseillers débattent de la responsabilité du gouvernement et se demandent s’il faut adopter une approche sécuritaire ou sociale pour éviter que des crimes pareils ne se reproduisent. Un élu du Mouvement populaire propose une session extraordinaire du Conseil de la ville pour se pencher “sérieusement cette fois-ci” sur les problèmes de Sidi Moumen. Un autre estime que “les jeunes ont plutôt besoin de travailler”. Il assure à l’assemblée “qu’il trouve injuste que la plupart des fonctionnaires de la mairie et de la wilaya aient été embauchés sur piston”. Et finit son plaidoyer en affirmant que “le véritable mal du Maroc réside dans l’alcool, la chicha et l’augmentation du nombre de cafés”.
Impassible, le maire suit cette conversation “décapante” avec le même regard absent. À 13 h, il prend enfin la parole pour calmer les esprits et expliquer que les problèmes de Sidi Moumen resteront d’acuité en raison de l’importance de la population qui y réside(Plus de 300 000 habitants). Les conseillers quittent la salle. Après une bonne séance d’engueulades, les adversaires se serrent la main et se racontent des blagues. L’échauffement matinal est terminé. Le véritable match commence à 15 h avec les points inscrits à l’ordre du jour de la session. Les conseillers doivent valider la création d’une société mixte entre la mairie et la CDG, dotée d’un capital de 40 millions de dirhams, et qui se chargera de la création et de la gestion des grandes infrastructures de la ville. Parkings, abattoirs, jardins publics…tous les équipements de Casablanca seront sous la houlette de cet organisme. Que restera-t-il pour les conseillers de la ville ? “Nous participons à la gestion de cette société puisque tous ses projets doivent être validés par la mairie”, répond Ahmed Brija, élu de Sidi Moumen. Pour Mohamed Sajid, la principale raison derrière la création de cette société est de pallier les retards de procédures dans le système communal.

Mais d’une manière ou d’une autre, le pouvoir des politiciens ne sera plus le même. Cette nouvelle société récupérera directement ou indirectement ces dossiers jusqu’alors de leur ressort. Bonne ou mauvaise nouvelle ? Même s’ils ne le disent pas ouvertement, les dirigeants de Casablanca pensent que la politique ne fait qu’enliser les projets. Mohamed Sajid a toujours appelé les conseillers à laisser de côté leurs sensibilités politiques pour se pencher concrètement sur l’avenir de Casablanca. D’ici 2010, la métropole sera complètement reconfigurée à travers des projets d’envergure qui nécessiteront pas moins de 3 milliards de dirhams.

Au lieu de débattre de l’activité de cette société mixte, les conseillers se focalisent sur la composition de la commission qui l’a élaborée “pour vérifier si leurs partis sont bien représentés là-dedans”, glisse un cadre de la mairie. “Le président a comploté contre nous !”, crie un élu du PND. Il sera suivi par d’autres contestataires qui assurent n’avoir jamais validé la composition de cette commission. Ils tapent du poing sur la table, mais finissent quand même par adopter le projet.

Crimes et châtiments
Il est 17 h, une conseillère du PJD quitte l’assemblée et revient une demi-heure après, accompagnée de ses enfants. “Elle n’a personne pour les garder”, chuchote un élu. “Puisse Dieu garder notre sœur et sa progéniture”, raille publiquement un conseiller. La salle explose de rire. Mohamed Sajid rappelle gentiment ses collègues à l’ordre. Un des points à l’ordre du jour porte sur la cession d’un terrain communal à Sidi Othmane au profit de Marjane Holdings qui compte y construire un centre commercial. “Ce projet permettra le désenclavement de la région et la création d’emplois”, soutient le maire.

“Ils vont y vendre de l’alcool. Les jeunes de Sidi Othmane et de Sidi Moumen deviendront des criminels !”, s’alarme un président d’arrondissement. “Les attaques à l’arme blanche ont augmenté depuis l’ouverture d’Acima dans cette zone”, renchérit un autre. “Pourquoi le Conseil ne fait-il pas appel à la concurrence ?”, doute un élu PJD, faisant allusion à la candidature d’Aswak Assalam qui a été retirée dans “des conditions obscures”. En tout cas, c’est le point qui a suscité le plus de controverses en raison de ses retombées électorales. Après 6 heures de débats et de joutes oratoires, le maire finit par transférer l’examen du projet à l’arrondissement de Sidi Othmane.

Il est 21 h. La salle se vide. Fatigués, les rares conseillers qui sont restés reportent l’examen du projet de révision du contrat de la Lydec à la prochaine session et passent directement au vote du compte administratif de 2006. Les élus de l’USFP protestent contre ce report. Pour eux, s’il y a un sujet prioritaire dans cette session, c’est bien celui de la Lydec car il touche tous les Casablancais. Face au niet de leurs collègues, ils se retirent avec fracas. Pour éplucher le compte administratif réalisé par leur président Sajid, les conseillers sont restés jusqu’à 1 h du matin. Lassés, ils finiront par le valider sans conviction.



Sajid contre Adnane. Le choc des titans

La mairie de Casablanca est secouée par une bagarre entre le maire Mohamed Sajid (UC) et son vice-président Mohamed Adnane (MP). Le 2 mars dernier, Adnane dépose une plainte en justice contre son président, l’accusant de “dilapidation des deniers publics”. “Sous le mandat de Sajid, le budget du nettoyage de la ville a été dépassé de 90%. La raison en est très simple : jusqu’à maintenant, la mairie n’a pas récupéré les revenus du matériel vendu aux sociétés de nettoyage et, pire, continue à payer elle-même le personnel qu’elle leur a cédé aussi”, justifie Adnane. Comment comprendre ce bras de fer aux allures électorales ? Mohamed Sajid éloigne toute considération politique. “Je crois que ce monsieur n’est pas conscient de ses actes. Il réagit violemment parce que l’étau se resserre autour de lui”, commente-t-il. D’après lui, Adnane “circulait avec les tampons de la ville et accordait des autorisations de construire ou de commerce d’une façon anarchique, parfois même dans des zones en dehors du périmètre urbain de Casablanca”. Malgré “les rappels à l’ordre” du Conseil, Adnane continue d’outrepasser ses prérogatives. “On s’en prend à moi parce que je n’adhère pas aux méthodes de gestion douteuses du président. J’accorde des autorisations aux petits commerçants parce que, dans les arrondissements, on leur demande un bakchich pour ce genre de documents”, s’enflamme-t-il. Qui a raison ? Qui a tort ? De toutes les façons, c’est une mauvaise pub pour Casablanca.

 
 
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