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Par Youssef Aït Akdim
11 Septembre. Le "cerveau" passe à table
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Khaled Sheikh Mohammed
(AFP)
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Quatre ans après sa capture, lorganisateur présumé des attentats du 11 septembre 2001 aurait avoué pas moins de 31 actes et projets dattentats entre 1993 et 2003. La publication par le Pentagone des minutes de son audition soulève de nombreuses interrogations sur le timing et la crédibilité de ces déclarations.
Khaled Sheikh Mohammed est passé aux aveux en labsence dun avocat, et loin des journalistes, qui nont pas été autorisés par le Département de la défense à assister aux auditions de la commission |
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militaire (réunie le 9 mars pour déterminer si les détenus de Guantanamo pouvaient être désignés sous le terme dennemi combattant). Considéré par ladministration Bush comme un responsable militaire de haute valeur dAl Qaïda, le présumé maître duvre des attentats du 11 septembre aurait accepté, selon le compte-rendu publié par le Pentagone, davouer sa participation ou sa responsabilité de planification et de supervision dans pas moins de 31 actes ou tentatives dattentats terroristes entre 1993 et 2003. La presse américaine, qui sest fait lécho de ces déclarations, a largement mis de côté dautres révélations faites par le détenu concernant les tortures et les mauvais traitements quil dit avoir subis depuis son arrestation au début du mois de mars 2003 au Pakistan.
Oussama Ben Laden, cest notre George Washington
En plus de l'opération du 11 septembre, de A à Z, Khaled Sheikh Mohammed revendique, entre autres, l'opération du World Trade Center en 1993, l'opération à la chaussure piégée pour faire exploser deux avions américains (il sagit notamment de la tentative manquée du pirate de lair britannique, Richard Reid), l'attentat à la bombe contre une boîte de nuit à Bali (Indonésie), l'attentat d'un hôtel à Mombasa (Kenya) fréquenté par des voyageurs juifs, mais également les tentatives manquées et autres opérations non abouties de la deuxième vague dattentats sur le sol américain visant quatre gratte-ciel à Chicago, Los Angeles (Library Tower), Seattle et New York (Empire State Building). Khaled Sheikh avoue également la préparation et le financement de projets d'attentats qui n'ont pas abouti, contre des villes et ambassades américaines et israéliennes, des bases militaires, des aéroports et des pétroliers à travers le monde, ainsi que les projets dassassinats danciens présidents américains, parmi lesquels Jimmy Carter et Bill Clinton, ainsi que celui de lactuel président pakistanais Pervez Musharraf ou du défunt pape Jean Paul II. Revendiquant le djihad contre les Etats-Unis et la fidélité à Oussama Ben Laden, le détenu sexprime dans un anglais très approximatif, oscillant entre la grandiloquence : Nous combattons comme des chacals dans la nuit, et une justification alambiquée de la violence terroriste : Je suis désolé que des enfants soient morts le 11 septembre. Son texte est émaillé de références à la Guerre dindépendance américaine, du genre : Oussama Ben Laden, cest notre George Washington ou encore : Si la Guerre dindépendance américaine avait lieu aujourdhui, les Britanniques diraient que vous, Américains, êtes des combattants ennemis . Contrairement a ce qui a été annoncé dans certains organes de presse, le document transmis par le Pentagone ne porte pas laveu de lassassinat du journaliste du New York Times, Daniel Pearl, même sil faut préciser que plusieurs parties du compte-rendu ont été supprimées par la censure militaire. Le catalogue des aveux est impressionnant et on peut émettre des doutes sur la valeur du témoignage, surtout lorsque Khaled Sheikh Mohammed dit être responsable de la planification, du financement et du suivi dopérations visant à détruire des bateaux militaires et des cargos pétroliers américains dans le détroit dHormuz, le détroit de Gibraltar et le port de Singapour, mais également de lopération visant à détruire par des bombes le Canal de Panama.
La torture passée sous silence
Tous ces complots ont été déjoués dans des délais très proches, accréditant la thèse selon laquelle Al Qaïda est passée au stade industriel. Or, de nombreux analystes contestent cette étiquette de multinationale du terrorisme, devant lamateurisme dune partie des opérations et les moyens humains limités de lorganisation. À lintérieur même des Etats-Unis, certains responsables ont émis des doutes sur la valeur de ce témoignage. Ainsi, deux sénateurs américains, le démocrate Carl Levin et le républicain Lindsay Graham, qui ont pu suivre, par liaison vidéo (dans une salle adjacente), la confession de Khaled Sheikh Mohammed, ont déclaré quil est évident qu[il] se voit comme un guerrier motivé par des enseignements religieux et qu'il cherche sa place dans l'Histoire. En revanche, ils ont demandé une enquête solide sur les mauvais traitements que le cerveau présumé des attentats du 11 septembre dit avoir subis. Au cours de son audition, le détenu a dénoncé, à plusieurs reprises, des actes de torture pendant sa captivité, avant son arrivée à Guantanamo. Plusieurs de ces passages ont été supprimés et pudiquement remplacés par un REDACTED. Les organisations des droits de lhomme, notamment Amnesty International et Human Rights Watch, se sont inquiétées de ces éléments troublants passés sous silence dans ce document de 26 pages. Khaled Sheikh Mohammed a été interrogé à ce sujet par le président de la commission qui lui a demandé de clarifier les accusations qu'il a portées contre la CIA
sans que la réponse ne soit publiée. Finalement, seules les déclarations servant laccusation ont été rendues publiques. Comme lorsque laccusé explique : Quand je dis que je suis responsable de ceci ou cela, ce n'est pas pour me faire passer pour un héros. C'est le langage de la guerre. C'est sûr, je suis l'ennemi des Américains.
Au cours de son audition, Khaled Sheikh Mohammed se montre soucieux du sort de ses codétenus. Le document déclassifié laisse entendre que le détenu a subi des tortures au cours des interrogatoires de la CIA. On pense à la pratique du water-boarding dénoncée comme pratique fréquente des services américains. La question est importante, puisque les commissions militaires peuvent admettre des aveux obtenus par la force, et le gouvernement peut à tout moment présenter de telles preuves sans avoir à rendre compte de la procédure appliquée. Une victoire de la démocratie ? |
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Parcours. Un prisonnier de haute valeur
Né au Koweït dans une famille pakistanaise il y a 41 ans, Khaled Sheikh Mohammed a étudié à l'université de Caroline du Nord et combattu en Bosnie. Il a été arrêté sur dénonciation en mars 2003. Sa tête avait été mise à prix pour la somme de 25 millions de dollars. Il est l'un des quatorze prisonniers de "haute valeur", selon la terminologie officielle américaine, qui ont été maintenus en détention dans les prisons secrètes de la CIA avant d'être envoyés à Guantanamo en septembre 2006. Celui que Washington décrit comme le planificateur central des attentats du 11 septembre 2001 comparaît depuis vendredi 9 mars, en même temps que 14 responsables présumés dAl Qaïda, devant une commission militaire sur la base de Guantanamo. Cette procédure administrative qui permettra détablir le statut des prisonniers a été introduite par un avis de la Cour suprême. La communication des comptes-rendus daudiences est le résultat dune bataille juridique perdue par le Pentagone contre les plus grands organes de presse américains. Robert Gates, le nouveau patron du Pentagone veut se débarrasser de limage dune Amérique qui bafoue les droits de lhomme. Qui cherche-t-il à convaincre ? |
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