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N° 266
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Boualem doit choisir entre aimer Bigg et H-Kayne et respecter Qechbal ou Zeroual.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Il règne actuellement dans notre offre télécom une confusion qui fait mal à la tête de Zakaria Boualem. Avant, c’était clair, il y avait Maroc Telecom, anciennement l’ONPT, et tout le monde, à défaut de sauter de joie, savait au moins à quoi s’en tenir. Avec l’arrivée de Méditel, ça s’est un peu compliqué mais c’était encore gérable. Il a fallu apprendre à faire un choix, ce à quoi Zakaria Boualem n’était pas spécialement préparé. Mais là, depuis quelques semaines, ça ressemble un peu à Derb Ghallef un samedi après-midi. Zakaria Boualem a vu arriver Mobisud et Fourça. On lui a plus ou moins expliqué que c’étaient les cousins respectifs de Maroc Telecom et de Méditel. Bon, il s’est demandé pourquoi ils changeaient de noms et de couleurs, mais il s’est dit qu’il y avait sûrement une bonne raison vu la quantité de cerveaux mobilisés autour de cette affaire. Et il y a aussi le cas de Bayn, qui a surgi pour nous expliquer que si on voulait bien faire la queue trois jours et trois nuits, on allait pouvoir parler gratos pendant six mois. Et soudain, tout s’est encore compliqué avec les spots télé. D’un côté, Bigg et H-Kayne ont demandé à Zakaria Boualem d’acheter Mobisud. Alors qu’il allait s’exécuter, parce qu’il aime bien Bigg et H-Kayne, de l’autre, il s’est retrouvé interpellé par Qechbal ou Zeroual qui l’invitaient à se ruer, toutes affaires cessantes, sur Fourça. Bon, le choix est devenu difficile parce que Qechbal ou Zeroual, quand même, c’est les plus vieux, donc il faut les respecter. On aura le temps de suivre les conseils de Bigg plus tard même si, musicalement, ça parle
plus à Zakaria Boualem. Soudain, Casa Crew s’est invité dans le grand mic mac, se prononçant clairement pour Bayn. Pourquoi pas, mais il se trouve que Gad El Maleh koullou, lui, s’est abondamment foutu de leur gueule sur scène. Du coup, l’affaire paraît inextricable. Zakaria Boualem a grandi dans un monde clair, où son papa, chaque année pour l’Aïd le grand, lui achetait une paire de baskets neuve. C’était des Stan Smith, le seul modèle haut de gamme disponible parce que son papa n’a jamais lésiné sur les baskets. Le jour où il s’est mis au foot sur la terre battue de Guercif, il a eu droit à une paire de Boutaj, un truc dont nos plus jeunes lecteurs n’ont jamais entendu parler et tant mieux pour eux. La télé était une Grundig, et Zakaria Boualem ne sait même pas si ça existe encore. Elle était en noir et blanc, et tout le monde était convaincu que les speakerines de la RTM l’étaient aussi – en noir et blanc. La télé s’éteignait toute seule régulièrement et il fallait lui donner des coups de poing pour qu’elle redémarre. Entre-temps, ils arrivait que les programmes cessent. Un jour, elle a bougé, la télé. Attalfaza tataharrak, en version originale, et concrètement, ça voulait dire qu’on nous passait abondamment les clips d’un certain Kajagoogoo, dont tout le monde a oublié l’existence, même sa mère.

Il ne serait jamais venu à l’esprit de l’ONPT, à l’époque, de faire appel à Bigg pour une pub, non pas parce qu’il n’était pas né, mais parce que l’ONPT ne faisait pas de pub, étant déjà bien incapable de gérer la demande. Aujourd’hui, tout le monde fait des pubs, même l’agence de l’Oriental s’y est mise. Sur un quart de page dans Le Matin du Sahara, elle affirme fièrement : “l’Oriental, valeur des hommes, richesse de la nature, approche visionnaire”, ce qui constitue une description assez fidèle de Zakaria Boualem. Il y a aussi un renvoi vers un site web que Zakaria Boualem, tel que vous le connaissez, s’est empressé de consulter. En tapant naïvement www.oriental.ma, notre homme pensait trouver des détails, des arguments permettant de démontrer point par point en quoi l’Oriental c’est la valeur des hommes, la richesse de la nature et une approche visionnaire. Il s’attendait à trouver des témoignages de sociologues, des photos et puis, pour démontrer l’aspect visionnaire, ben, je sais pas… une soucoupe volante ou deux. Bon, comment vous dire. Le site web est en cours de construction. Un peu comme l’Oriental, d’ailleurs. Je vous vois de l’autre côté de la page : “Oulala, c’est un peu méchant”. Non, ce n’est pas méchant. Si on avait voulu être méchant, on aurait écrit que l’Oriental est en cours de déconstruction, et merci.

 
 
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