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Par Ahmed R. Benchemsi
Mohammed VI. Létat, cest lui
En 9 ans, le Maroc a bougé comme jamais. Mais uniquement grâce à Mohammed VI qui exerce, malgré les apparences, un pouvoir absolu et étroitement personnel. Est-ce normal ? Est-ce sain ? Est-ce acceptable ?
Le régime voulu par nous est celui d'une monarchie agissante qui ne saurait être cantonnée dans un concept forcément réducteur, ni dans des prérogatives exécutives, législatives ou judiciaires. Ainsi sexprimait Mohammed VI le 30 juillet 2007, dans un discours du trône |
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dont le ton autoritaire est resté dans toutes les mémoires. Le roi du Maroc, cest lui-même qui le dit, se voit donc comme une force agissante multiforme. A voir ses formidables prérogatives institutionnelles, il en a très largement les moyens. Au point quon se demande, aujourdhui, ce quil laisse aux autres. Force est de le constater : quasiment tout ce qui a bougé au Maroc, après 9 ans de règne de Mohammed VI, a été directement inspiré par le roi. Au prix dune personnalisation extrême du pouvoir, qui na quun rapport lointain avec les aspirations démocratiques du nouveau règne
La révolution El Himma
Commençons par la politique. Interrogé sur sa spectaculaire démission du poste de ministre délégué à lIntérieur pour se présenter à la députation des Rhamna, Fouad Ali El Himma a ingénument déclaré au magazine Jeune Afrique : Jen ai parlé à Sa Majesté qui ma répondu : jai eu la même idée que toi, vas-y !. Voilà donc la confirmation quon cherchait : le redéploiement politique dEl Himma est une stratégie signée (au minimum cosignée) Mohammed VI. Une stratégie qui, moins dun an après son lancement, a déjà bouleversé de fond en comble le spectre politique du royaume. Lami du roi est en train de monter un parti dont la future et inévitable puissance va redistribuer toutes les cartes. Déjà, les élites (les vraies, celles qui avaient déserté les partis depuis 30 ans) accourent ventre à terre. Alors que les autres partis sont désespérément en quête dadhérents de qualité, Si Fouad se permet de filtrer sévèrement leur adhésion. Etrange situation : un parti nest même pas encore né que chacun est convaincu de sa possible victoire aux législatives suivantes
Et pourquoi tout cela ? Parce que Si Fouad est un ami de 30 ans de Mohammed VI, pardi ! Cette étiquette lui aura suffi pour réaliser, aux Rhamna en 2007, un score triomphant, sans aucune mesure avec celui de tous les autres candidats du royaume.
Lui, évidemment, creuse le sillon sans complexe. Non content de safficher à la sortie du Parlement dans la décapotable du roi (conduite par Mohammed VI lui-même), il déclare à qui veut lentendre que son programme politique est construit sur le développement des plus historiques des initiatives royales : la Moudawana, lInstance équité et réconciliation et le rapport du cinquantenaire. Message dEl Himma : La seule politique qui vaille la peine dêtre suivie est celle de Sa Majesté ; élites, ralliez-vous à mon panache makhzénien et ensemble, nous referons la révolution du roi et du peuple
par les urnes !. Et voilà comment la scène politique, censée être indépendante de la royauté, est en train de se reconfigurer autour delle. Chapeau lartiste !
Miraculeuses impulsions royales
Sur le plan économique, la prééminence royale est encore plus limpide. Bien sûr, il y a au Maroc un secteur privé florissant, et bon nombre de groupes industriels qui font du très bon travail. Mais le premier dentre eux, lONA/SNI, appartient à qui vous savez. Et il nest pas exempt de critiques, notamment sur les situations de monopole ou de contrôle absolu quil exerce sur diverses filières stratégiques (sucre, acier, lait, huiles
). Il y a aussi la finance, où certains tycoons marocains se débrouillent bien. Mais gare à ceux, comme Othman Benjelloun, qui prétendraient disputer le leadership à Sa Majesté ! Ils se verraient, comme lui, contraints de ployer léchine, voire de lutter pour leur survie
En matière de business comme en matière politique, Mohammed VI entend donc conserver sa souveraineté (dans le sens que le philosophe Carré de Malberg donnait à la souveraineté, à savoir un pouvoir qui nen admet aucun au-dessus de lui, ni en concurrence avec lui). LEtat, cest lui ? Eh bien léconomie aussi !
Et ça fonctionne pareil pour tous les champs dactivité, pour peu que le roi sy intéresse. Après des décennies de pataugeage, le football marocain est ainsi aux portes dune révolution
parce que le roi a décidé de créer une ambitieuse Académie Mohammed VI dédiée à son développement académie à laquelle les plus gros investisseurs publics et privés du pays se sont, bien entendu, greffés séance tenante. Même des secteurs qui fonctionnent très bien sans impulsion royale peuvent voir leurs règles bouleversées pour peu que Mohammed VI sen mêle. Ainsi des festivals musicaux. Culturellement, leur foisonnement et leur incontestable réussite, depuis une dizaine dannées, sont à mettre au crédit dune poignée de courageuses sociétés privées dévénementiel. Mais en 2008, le festival Mawazine de Rabat sest retrouvé coiffé par Mounir Majidi, secrétaire particulier de Sa Majesté et gérant de sa fortune. Instantanément, le budget a flambé comme jamais dans lhistoire des festivals. Depuis, se désolent mezzo voce les opérateurs culturels, la barre a été fixée tellement haut que nous allons avoir un mal fou à suivre.
Gouvernement technocrate ? Non, royal !
Sur le plan des infrastructures, les plus grands succès des 9 dernières années sont tous, là encore, des chantiers directement lancés par Mohammed VI, gérés par des structures managériales créées et coiffées sans intermédiaire par Mohammed VI. Avec des résultats indéniablement remarquables (voir Le boom de la technostructure, p.63). Mais tout de même
Ny a-t-il vraiment personne dautre que Sa Majesté pour initier des méga-chantiers de la sorte ? Le gouvernement, notamment ?
Soyons justes : léquipe ministérielle en place depuis octobre 2007 compte plusieurs profils compétents et dynamiques qui jouent un certain rôle dans le décollage économique du royaume. Mais tous ces profils ont été choisis, voire imposés par le roi. Au grand mépris de la méthodologie démocratique qui veut que le gouvernement soit constitué par les partis majoritaires au Parlement. Ou, histoire de donner le change, au prix dadhésions partisanes
suspectes. Ainsi de la grotesque séquence Akhannouch-Benkhadra, ministres MP un jour, puis ministres RNI le lendemain (cétait pendant les deux jours précédant la formation du gouvernement) qui restera pour longtemps le summum du non-sens politique. Benkhadra est une spécialiste de lénergie et Akhennouch un puissant opérateur économique, cest ce qui les qualifiait pour devenir ministres. Le reste nétait que décorum peu crédible
Autre cas, celui de Karim Ghellab. Malgré son bilan indéniablement flatteur de ministre des Transports et de lEquipement, il est toujours considéré avec suspicion et défiance par ses frères de lIstiqlal, quil a rejoint sur ordre en 2002. Tant pis pour eux : il a la confiance du roi, et cest la seule explication valable à son maintien au gouvernement en 2007.
En général, cest simple : à chaque fois quun organe a un rôle important à jouer dans le développement économique, il est retiré aux ministres issus du monde politique et confié aux technocrates déguisés en politiques ou pas. Cétait le cas, par exemple, de la puissante Agence de linvestissement, retirée au Premier ministre istiqlalien Abbas El Fassi pour être confiée au faux Usfpéiste et vrai technocrate Ahmed Chami
Finalement, même le gouvernement Jettou naura pas été une expérience heureuse
selon les critères royaux. Tout apolitique ait-il été, lancien Premier ministre avait fini par se faire apprécier par les partis, grâce à son talent de conciliateur. De plus, il a coordonné pendant 5 ans, et avec brio, le travail de ceux qui bougeaient parmi ses ministres, toutes étiquettes confondues. Cela na pas empêché dincessantes cabales montées contre lui par lentourage royal, qui lui reprochait
son excessive popularité ! Finalement, la configuration El Fassi (un Premier ministre de façade issu du monde politique, mais le travail sérieux directement coiffé par le roi et ses hommes) semble mieux convenir au Palais. Quitte à imposer au pays un chef de gouvernement ridicule à force dêtre inopérant
Abbas ou le masochisme politique
Tout cela étant dit, il faut reconnaître deux choses. Primo : même anti-démocratiques, les choix du roi sont généralement judicieux et justifiés par les compétences de ses poulains. Secundo : la classe politique sest tellement habituée aux couleuvres quelle les avale désormais sans sen rendre compte, voire
en redemande ! Abbas El Fassi, à cet égard, est un cas sans précédent de masochisme politique. Avant les législatives 2007, qui ont vu son parti triompher, il déclarait : Je soutiens Sa Majesté le roi, quoi quil décide. Pendant, il déclarait : Mon seul programme, cest le discours du trône. Et après, il déclarait : Sa Majesté ma prodigué des conseils et des orientations que je respecterai à la lettre. Plaignons-nous, dans ces conditions, que Mohammed VI double lEtat et les institutions
Ce sont elles qui le réclament !! Quand le roi sest offert deux mois de vacances pendant le premier semestre 2008, et que le gouvernement et lactivité législative se sont retrouvés suspendus pendant 6 mois faute dintérêt royal, aucun membre du gouvernement na protesté, même à mots couverts ! Mieux (ou pire) : finalement tenu le 8 juillet (à Oujda, ce qui a obligé plusieurs ministres à modifier leurs agendas en catastrophe), le premier Conseil des ministres de lannée a expédié 60 projets de loi
en 60 minutes chrono. Soit une moyenne dun projet de loi par minute !
et le peuple en redemande !
Et le peuple, que pense-t-il de cet absolutisme royal sans fard ? Eh bien
il en redemande !! Lors dune enquête menée par un pool de sociologues, 95% des Marocains interrogés ont estimé que le roi devrait avoir
plus de pouvoir ! Au vu de la Constitution, cest tout bonnement impossible. Depuis son accession au trône, Mohammed VI na pas encore eu loccasion de consulter son peuple par référendum. Son père lavait fait 8 fois, et le score du oui avait toujours été compris entre 96 et 100% ! Quadviendra-t-il quand Mohammed VI demandera à son peuple de valider une de ses réformes ? Aurons-nous droit aux mêmes scores crypto-staliniens ? Cest hélas à redouter - et la démocratie risque de sen trouver orpheline.
Cest un fait : à part le trône, les Marocains ne croient plus en rien. Et notamment pas à la politique (37% de participation aux dernières législatives !!), ni à la justice, ni à ladministration territoriale dont cest le rôle de régler les problèmes de la population. Pas étonnant quà chaque fois que des Marocains protestent publiquement contre quelque chose, le roi est présent en force : encensé dans des slogans, son portrait brandi à bout de bras, etc. Pas étonnant non plus quà chaque fois que Mohammed VI soffre un petit bain de foule, lors de ses nombreux déplacements dans les provinces, il reçoive une pluie denveloppes sur la tête, contenant toutes sortes de doléances. Nest-ce pas la preuve que le peuple aime son roi ?, disent les plus zélés des courtisans. Non, cest la preuve que la royauté est la seule institution crédible aux yeux des Marocains, à lexclusion de toutes les autres. Si cest un motif de fierté pour le Palais royal, ce nen est pas un pour un Maroc qui aspire à la démocratie.
Avec tout cela, évidemment, les espaces de contestation (nécessaires au fonctionnement de toute démocratie) se sont réduits comme peau de chagrin. La presse joue plus ou moins son rôle et encore, elle ne cesse de déjouer les chausse-trappes. Mais le peuple ? Avec une telle unanimité autour de lomnipotence royale, on pourrait croire que les très rares voix discordantes seraient tolérées, puisque condamnées de toute façon à la marginalité. Même pas ! Les procès pour atteinte à la sacralité du roi se sont multipliés ces dernières années, au point où des ONG des droits de lhomme en ont fait un thème de campagne qui a transcendé les frontières du royaume. La presse finit toujours par sen sortir, avec plus ou moins de casse, et la plupart des détenus des sacralités ont fini par être relâchés. Le système de Mohammed VI est indéniablement plus souple que celui de feu Hassan II. De la dictature, on est passé à lautocratie. Mais ce nest pas parce que cette dernière est éclairée, ni parce quelle est productive, quon devrait sen contenter
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Bilan.
Mohammed VI. Ses succès, ses échecs
Les dossiers clés de ses 9 ans de règne
Le 30 juillet 1999 souvrait la nouvelle ère. 9 ans plus tard, elle nest plus si nouvelle que ça. Sur certains plans (infrastructures, droits des femmes, Sahara), des succès ont été enregistrés, et loptimisme est permis. Sur dautres (démocratie, liberté dexpression, affairisme de quelques privilégiés
), le bilan est plus douteux. TelQuel fait le point.
Le régime voulu par nous est celui d'une monarchie agissante qui ne saurait être cantonnée dans un concept forcément réducteur, ni dans |
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des prérogatives exécutives, législatives ou judiciaires. Ainsi sexprimait Mohammed VI le 30 juillet 2007, dans un discours du trône dont le ton autoritaire est resté dans toutes les mémoires. Le roi du Maroc, cest lui-même qui le dit, se voit donc comme une force agissante multiforme. A voir ses formidables prérogatise finit toujours par sen sortir, avec plus ou moins de casse, et la plupart des détenus des sacralités ont fini par être relâchés. Le système de Mohammed VI est indéniablement plus souple que celui de feu Hassan II. De la dictature, on est passé à lautocratie. Mais ce nest pas parce que cette dernière est éclairée, ni parce quelle est productive, quon devrait sen contenter
Le boom de la technostructure
Pas de doute possible : en termes dinfrastructures, le Maroc de Mohammed VI a fait un énorme bond en avant. Electrifié à 80% et raccordé à leau potable à 70%, le monde rural est déjà méconnaissable par rapport à ce quil était à la fin de lère Hassan II. Et les 100%, nous promet-on, seront atteints avant 2010. Les autoroutes, elles aussi, ont explosé. Alors quen 1999, seuls les 100 km de Casa-Rabat étaient fonctionnels (en plus de deux petits tronçons, Rabat-Fès et Rabat-Larache), le réseau autoroutier marocain, aujourdhui long de 850 km, est le second plus étendu du continent après lAfrique du Sud. Et nous visons les 1200 km en 2012.
Comment oublier, aussi, le port de Tanger Med qui a fait couler tellement dencre ? Il commence déjà à étouffer le port espagnol voisin de Sebta (peut-être était-ce même le premier objectif). Et Tanger Med 2 est en chantier. Quand il sera achevé, le Maroc sera doté du plus grand complexe portuaire dAfrique, un des douze plus grands au monde. Une aubaine pour le Nord du royaume, région longtemps abandonnée aux trafiquants et contrebandiers, qui est en train de sindustrialiser à toute vitesse. Grâce à lattrait du méga port et de la zone franche installée à proximité (dans laquelle Renault-Nissan a prévu dinstaller lune de ses plus grandes usines - objectif dici 2 ans : 200 000 voitures produites par an), 150 000 emplois devraient être créés dici 2015.
Sur le plan touristique, aussi, le boom est manifeste. Les 10 millions de visiteurs attendus en 2010 devraient être au rendez-vous, sachant que nous en sommes déjà à 8, et que les recettes ont plus que doublé entre 2003 et 2007. Pareil pour limmobilier : depuis 2003, loffre de logements excède la demande grâce, notamment, à la politique de libéralisation du foncier public, cédé à des tarifs très avantageux à ceux qui présentent des programmes immobiliers denvergure (ce qui ne va dailleurs pas sans créer des frictions entre magnats de limmobilier cf. les incessantes polémiques Chaabi-Sefrioui
)
Autre point fort de lactivisme technocratique impulsé par Mohammed VI : lincroyable transformation quont subie les villes de Marrakech et Tanger, méconnaissables depuis que le wali Mohamed Hassad, surnommé le bulldozer, a reçu carte blanche royale. Avec le très ambitieux programme de réaménagement de la baie du Bouregreg (doté de 30 milliards de dirhams), Rabat devrait suivre la même voie. En attendant le plus gros morceau : Casablanca. Le projet de Marina près de la mosquée Hassan II et celui de lavenue royale - qui va complètement reconfigurer le centre daffaires - promettent déjà de bouleverser bien des choses...
En ce qui concerne les infrastructures, la méthode M6 tranche radicalement avec celle de feu son père. Depuis le début du nouveau règne, les visions et autres plans stratégiques se succèdent : émergence (pleins feux sur les secteurs porteurs, dont loffshoring et laéronautique), plan Azur
jusquau tout dernier Plan Maroc Vert, qui promet de moderniser lagriculture marocaine. Bref, le royaume des chantiers fonctionne enfin à coups de business plans et dobjectifs datés et chiffrés. Une authentique révolution. Daprès Jean-René Fourtou, président de Vivendi, une des multinationales les plus impliquées dans le boom économique du Maroc, avec Mohammed VI, on parle développement et avenir du royaume, sans perdre de temps. Cest aussi pour ne pas perdre de temps que tous les chantiers pharaoniques du nouveau règne sont gérés par des agences paraétatiques directement coiffées par le roi, et dont lactivité et les comptes échappent à toute forme de contrôle parlementaire. Ce nest pas démocratique pour deux dirhams, mais quand on voit le niveau des députés, on se dit que ce nest peut-être pas plus mal
Chronique de la misère politique
A son arrivée sur le trône, le jeune et enthousiaste Mohammed VI sest retrouvé flanqué du vieux et ronchon Youssoufi. Et dun improbable gouvernement gauche-droite-divers, aussi amorphe quenglué dans les luttes de pouvoir. Enfin, de pouvoir
On se comprend. Le pouvoir, il était encore chez Driss Basri, fin 1999, et cétait une excuse commode pour justifier linconséquence de Youssoufi et de ses camarades. Il a fallu un trait de plume pour excommunier le grand vizir, et peu de temps pour découvrir que privés de leur méchant préféré, les politiques, soudain sans excuse, étaient complètement déboussolés. Exit Youssoufi, dès les élections suivantes.
En 2002, conforté par une configuration parlementaire aussi atomisée quingérable, Mohammed VI confie le gouvernement à lapolitique Driss Jettou. Les politiques, évidemment, se déclarèrent outrés par tant de mépris pour le verdict démocratique des urnes. Que croyez-vous quils firent ? Ils sentretuèrent pour les postes, les honneurs et les Mercedes S500 intérieur cuir. Comble du tragi-comique : Abbas El Fassi, qui devient ministre dEtat sans objet à titre de consolation.
5 ans plus tard, le scénario est pire encore. Après que les législatives 2007 ont accouché dune nouvelle carte politique, aussi atomisée et ingérable que la précédente (comment aurait-il pu en être autrement ?), la primature est confiée à Abbas El Fassi. Unique argument : lIstiqlal, son parti, sest classé premier (dune courte tête) devant le PJD. Quant à lincompétence et au manque de personnalité dramatiques du nouveau Premier ministre
ce sont, paraît-il, les dommages collatéraux dune logique démocratique pure, mais loin dêtre parfaite. Résultat : la nomination du gouvernement El Fassi échappe totalement à son supposé chef - et on se retrouve, à nouveau, avec un patchwork de partisans et de technocrates plus ou moins colorés, choisis souverainement par le Palais.
Le PJD, lui, sest pris une gifle inattendue en septembre 2007. Tout le monde (à commencer par son propre état-major) estimait la victoire du parti islamiste acquise. Las. Il est arrivé deuxième et a intelligemment choisi de ne pas figurer au gouvernement, alors que les autres partis faisaient assaut de petitesses pour rejoindre la barque El Fassi.
Finalement, le seul évènement politiquement significatif de ces 9 ans de règne aura été la démission de son poste de ministre délégué à lIntérieur, peu avant les législatives 2007, de Fouad Ali El Himma, ami de 30 ans de Mohammed VI. Après avoir décroché sans coup férir le siège de député des Rhamna (et avoir constitué dans la foulée un groupe parlementaire pivot, auquel est subordonnée la confiance au gouvernement El Fassi), El Himma prépare ouvertement le terrain à un nouveau parti techno-monarchiste. El Himma se permet même le luxe dimposer de sérieux filtres à lentrée de son Mouvement pour tous les démocrates. Le passage au parti politique est, paraît-il, imminent. A lheure quil est, on ne sait pas encore si les communales de juin 2009 constitueront (ou pas) un galop dessai pour lami du roi. Mais lobjectif, le vrai, est déjà clairement affiché : les législatives 2012. On se retrouvera alors face un duel inédit : les islamistes, menés par lintégriste Benkirane contre le néo-Makhzen, mené par le champion royal El Himma. Tout bien réfléchi
cest tant mieux. Enfin, les lignes de partage entre les forces politiques réelles du royaume deviendront claires.
Femmes : libérées, mais toujours ignorantes
La réforme de la Moudawana est sans aucun doute la plus grande réalisation de Mohammed VI. Et il fallait du courage pour la faire, cette réforme : trois ans auparavant, un plan gouvernemental aux objectifs similaires avait fait descendre un million de personnes dans la rue. Il a fallu lonction du Commandeur des croyants pour que ça passe
Résultat : un nouveau code du statut personnel, à la fois révolutionnaire et islamo-compatible, si on fait leffort dIjtihad (interprétation des textes sacrés) nécessaire. Une réforme majeure, capitale, que lHistoire inscrit déjà au crédit de Mohammed VI.
Sauf que beaucoup dhommes ne font aucun effort de compréhension, et ne veulent même pas entendre parler de la réforme de la Moudawana. A commencer par certains juges, qui tirent éperdument sur la corde des dérogations autorisées par la nouvelle loi. Lâge plancher du mariage est ainsi fixé, pour les femmes, à 18 ans, sauf dérogation justifiée par
on ne sait trop quoi, dailleurs. Dans certaines régions, cette exception est toujours la règle, et les mariages de mineures continuent presque au même rythme quavant. Autre possibilité offerte par la nouvelle loi : celle, pour les femmes, de se marier sans le consentement de leur père, dont laccord était indispensable jusquen 2003. Aujourdhui encore, pourtant, la très grande majorité des fiancées choisissent de se faire accompagner par leur père pour accomplir les formalités administratives du mariage. Tenaces traditions
En milieu rural et parmi les couches populaires les plus défavorisées, les femmes ignorent quasiment tout de leurs nouveaux droits, faute de campagne de communication massive (et en darija) qui les leur expliquerait. Les femmes peuvent désormais avoir linitiative du divorce, mais dans leur esprit, cest toujours une opération très complexe, soumise au bon vouloir du mari. Une étude récente atteste que deux agressions sur trois commises contre des femmes sont le fait de leurs époux.
Les mentalités mettront donc du temps, beaucoup de temps à changer. Mais lhomme de la rue, même mécontent, est tout de même conscient que lévolution est irréversible, et que le changement instauré par le nouveau roi est historique. En témoigne cette plaisanterie populaire, parue peu après la réforme : Mohammed V a libéré le Maroc, Hassan II a libéré le Sahara, et Mohammed VI a libéré ta mère
Flux et reflux de lislamisme radical
Dans les derniers temps de Hassan II déjà, le couvercle de la marmite se soulevait par à-coups, laissant échapper dinquiétantes fumées exhalant des bouillonnements de la foi. A sa mort, le couvercle a instantanément sauté. A lavènement de Mohammed VI, les Marocains ont dabord été aiguillés sur une fausse piste : les provocations du cheikh Yassine (réclamant le remboursement de la dette extérieure par les biens royaux spoliés au peuple) et de sa fille (déclarant préférer une improbable république califale à la monarchie) se sont finalement révélées sans conséquence majeure.
Puis très vite, on sest mis à trouver les gens dAl Adl Wal Ihsane bien gentils, vu tout ce qui circulait : salafistes, jihadistes, takfiristes
LEtat avait beau réformer le champ religieux à tout va (contrôle des mosquées, requalification des imams, lancement de Radio Coran Mohammed VI ce nom
et même la sortie à grand bruit dun contingent dimamettes), rien ny faisait. Ça grouillait de plus belle, ça se politisait à vue dil
et ça explosait de temps en temps, malgré la répression féroce. Et dès que ça se calmait là, ça chauffait ailleurs ! Ainsi, après deux ans dexactions et de tortures post-16 mai 2003 (notamment au tristement célèbre centre de torture de Témara, sorte de réminiscence spécial barbus de Derb Moulay Cherif), on a fini par penser que le danger terroriste était écarté. Mais à un prix exorbitant, que le général Laânigri, même écarté et humilié, nen finit plus de payer
Et cest là que Yassine resurgit, prophétisant lapocalypse avant fin 2006 ! Tout nouveau ministre de lIntérieur, Chakib Benmoussa surprend son monde en adoptant, à légard des militants dAl Adl, une attitude aussi subtile quefficace : ficher tout le monde sans brutaliser personne, barrant ainsi la route à la victimisation et la martyrologie. Bravo ! Vu quil ne sest rien passé en 2006, Yassine le visionnaire sest largement décrédibilisé auprès de ses troupes. Ses dernières rodomontades (le triptyque Dieu/la Patrie/le Roi est une grande blague, a-t-il récemment déclaré à une télé saoudienne) ne risquent pas dy changer grand-chose.
Et boum : en 2007, ça rééxplose ! Mais cette fois, laffaire semble plus sérieuse. Côté méchants, on sent la touche dAl Qaïda, les ceintures dexplosifs, les cellules transnationales et les instructions via le Web. Côté gentils (car les flics le sont devenus, applaudis par la rue à lahurissement général), on se professionnalise : décapités par la capture de leurs chefs avant davoir pu passer à lattaque, les apprentis terroristes nont dautre issue que de se suicider à lexplosif (mais en plein centre-ville de Casa quand même). Du coup, on est dans létat dalerte permanent, et le moindre pétard de Achoura fait sursauter deffroi les grands-mères. La menace, aujourdhui, vient du sud : Al Qaïda sest installée au Sahara, et promet lenfer au Maghreb islamique. Pour linstant, cest surtout lAlgérie qui paie : un peu moins de 100 morts depuis mars 2007. Mais gare ! Les adeptes de Ben Laden fonctionnent toujours ainsi : de longues périodes dhibernation
avant une soudaine déflagration. Que le dieu de la raison nous protège.
Liberté dexpression : cavalcade en terrain miné
Dabord, les bons points : depuis 2005, le pôle audiovisuel public a été réorganisé et regroupé sous la houlette dun même groupe, aux règles administratives assouplies. Résultat : une TNT marocaine offrant un bouquet de 7 chaînes publiques. En 1999, on en était à deux. Laudiovisuel a aussi été ouvert aux privés, doù une floraison de radios et, prochainement (promet-on) un afflux de télés privées. Pas de doute, cela dit : la liberté dexpression, la vraie, celle qui sembarrasse le moins dautocensure, reste lapanage de la presse écrite. Et là-dessus, malgré dindéniables avancées, la situation est loin dêtre rose.
Jusquau 23 juillet 1999, et malgré la courte vue de certains journalistes indépendants, mythifiant lancien roi pour mieux stigmatiser son successeur, il était impensable décrire Hassan II sans le préfixe Sa Majesté. Certes, le fameux Que Dieu Le Glorifie nétait plus de rigueur dans les dernières années du feu Pharaon, mais tout de même
Le maximum de laudace consistait alors à brûler Basri en sorcellerie tout en condamnant des années de plomb sans inspirateur ni responsable suprême. Le jour de la mort de Hassan II, un verrou psychologique a sauté. Les plus jeunes journalistes (ceux qui nont pas vécu lapogée des affres hassaniennes), soudain libérés de la peur du père, ont osé. Et osé, et osé encore, au plus grand mépris dun code de la presse régressif, mais auquel plus personne ne faisait désormais attention. Le salaire du roi, la vie des princes et princesses, les témoignages détaillés de tortures, le trafic de drogue, les tribunes aux indépendantistes sahraouis
aucun tabou ne semblait plus pouvoir résister à limpétuosité des jeunes rebelles du clavier.
Cest comme si, à la mort du chef, le terrain de la liberté dexpression avait été déserté par larmée de la répression politique
Les plus téméraires se sont lancés corps et âmes, et non sans une certaine griserie, sur ce nouveau terrain dapparence libéré. Mais dapparence seulement, car les troupes hassaniennes avaient pris soin, avant de le déserter, de le truffer de mines anti-journalistes. Sans en fournir, évidemment, la cartographie.
La première mine a sauté en 2000, quand Le Journal sest aventuré à titiller larmée en plaçant le valeureux capitaine Adib, pourfendeur de la corruption chez les militaires, sur un piédestal. Au premier prétexte venu (laccusation de Youssoufi de velléités régicides passées), les couteaux sont sortis, et Le Journal (et aussi Demain et Assahifa, dans la foulée) ont été interdits. Une indignation mondiale plus tard, les trois journaux réapparaissaient, mais dans un climat désormais plus tendu.
Depuis, cest la guerre froide, et presse et pouvoir ont appris à sapprivoiser mutuellement, non sans sérieux dommages. Ali Lmrabet, décidément trop turbulent au goût du Palais, a fini par être emprisonné, puis interdit dexercice pendant 10 ans. En 2005, le temps des procès insignifiants soldés par des amendes exorbitantes est venu : 2 millions de dirhams pour TelQuel, puis 3 pour Le Journal, contraignant son directeur Aboubakr Jamaï à lexil. En 2007, enfin, les procès politiques ont réapparu. Mais sur des thèmes plus fuyants, ne garantissant pas un soutien unanime aux coupables dexpression libre. Ainsi de laffaire Nichane, qui vit le magazine arabophone interdit pendant 3 mois, et son ancien directeur, ainsi quune de ses journalistes, condamnés à 3 ans avec sursis pour avoir osé rapporter comment les Marocains riaient de la religion. Malaise et islamisme rampant
Avec laffaire Ariri (directeur dAl Watan Al An, accusé avec lun de ses journalistes Mustapha Hormatallah, emprisonné 7 mois de publication de documents classés secret défense), larmée a cherché, elle aussi, à imposer ses limites. Quant au Palais, il reste plus chatouilleux que jamais. Pour avoir osé sinterroger sur lutilité des élections dans un système où le roi, in fine, détient tous les pouvoirs, lauteur de ces lignes a été incarcéré deux jours, les deux magazines quil dirige (TelQuel et Nichane) saisis, et un procès lui a été intenté pour manquement au respect dû à Sa Majesté le roi. Après de multiples reports, le procès est toujours en cours à lheure où ces lignes sont écrites
En 2008, les amendes exorbitantes ont fait leur grand come-back avec laffaire Al Massae. Pour avoir imprudemment accusé un substitut du procureur (non nommé) de perversion sexuelle, le quotidien arabophone a été lourdement condamné. Si le verdict de culpabilité était somme toute logique, les dommages-intérêts exorbitants auxquels a été condamné Al Massae sont un record absolu : 6 millions de dirhams !! A lheure où ces lignes sont écrites, laffaire est encore en appel, tandis que lEtat serre vigoureusement la vis contre Al Jazeera, dont le bureau à Rabat, après le retrait daccréditation de son directeur, est menacé de fermeture
Avec tout cela, il faut néanmoins souligner une chose : la presse nest pas sans ressources, et elle se défend vigoureusement à chaque attaque, engrangeant un large soutien de la communauté internationale. Certains disent que le règne de Mohammed VI est une ère noire pour la presse, arguant que jamais autant de procès nont été intentés aux journalistes. Cest oublier un peu vite que sous Hassan II, au temps où les journalistes étaient raflés et tabassés comme de vulgaires gauchistes, les procès étaient un luxe que personne nosait espérer. Et que désormais, à chaque nouveau procès, la presse soude ses rangs et en sort plus forte. Bref, entre surchauffes et périodes daccalmie, le combat continue
Laffairisme effréné des M6 boys
Au début, on trouvait ça plutôt bien, que les affaires royales se fassent ouvertement. Il faut dire que sous Hassan II, on ne savait quasiment rien de ces choses-là, et il nétait pas rare que de pleines valises de cash frappées du sceau alaouite circulent entre Casa et Rabat, en dehors de toute comptabilité
Lomerta régnait et Siger (anagramme de régis roi, en latin, et nom du holding contrôlant les affaires royales, dont lONA) ressemblait plus à une énorme caisse noire quà un groupe économique moderne. Puis Mohammed VI est arrivé, affichant la volonté de dépoussiérer et rationaliser les méthodes de gestion de son gigantesque héritage. On a dabord commencé par saluer la volonté de transparence impulsée par le jeune roi, et pilotée par son secrétaire particulier et homme de confiance Mounir Majidi. Les affaires royales allaient désormais se faire au grand jour, et dans les règles de lart, annonçait-on.
Mais la machine na pas tardé à semballer. Les opérations capitalistiques et financières denvergure (avec à leur tête, la création par fusion/absorption du monstre bancaire Attijariwafa) se sont enchaînées et le groupe sest invité dans les secteurs économiques les plus porteurs du pays : énergie, assainissement, télécoms
Au point que la question sest vite imposée : quel est le but de tout ça ? Sagirait-il, en fin de compte, de faire une OPA sur léconomie marocaine ? Et si la transparence nétait quun moyen de donner bonne conscience à des gens qui parlent de patriotisme économique (notamment en défendant le concept de champions nationaux, rempart contre la mondialisation) alors quil ne sagit en fait que de voracité ? Aujourdhui, Siger est de loin le holding le plus puissant du pays et sa tête de pont lONA, à elle seule, représente léquivalent de 8% du PIB. Grâce à sa force de frappe bancaire et au soutien sans faille de la CDG, le holding royal remodèle le capitalisme marocain à sa convenance. Cest devenu tellement énorme que largument moral (un chef dEtat na pas à faire des affaires, quelles que soient les circonstances) est tout simplement devenu inaudible.
Quant aux règles de lart, corollaire supposé de la transparence, elles sont loin dêtre observées dans la conduite des business royaux. La libre concurrence, notamment, nest plus quun slogan dès que quelquun savise de gêner la suprématie royale dans les affaires. Ainsi, le banquier Othman Benjelloun sest-il vu traîner plus bas que terre parce quil avait eu laudace de penser concurrencer Sa Majesté, en lui raflant la majorité du capital de la SNI, puis de lONA. 6 ans et une défaite boursière cuisante plus tard (due à des pressions politiques sur les détenteurs de titres SNI), Benjelloun na pas fini de panser ses plaies. Grâce à son génie propre des affaires, il a su redresser le cap de son groupe, menacé de sombrer suite à la vindicte royale. Mais il garde un profil bas, et a définitivement compris la leçon : la libre entreprise, oui, mais à condition de ne jamais oublier qui est le boss
Quant à Mounir Majidi, lhomme lige du capitalisme royal, il est désormais sur orbite et se permet des incursions dans la vie publique. Pour son premier contact avec le monde de la culture, il a spectaculairement accru le budget du festival Mawazine, attirant à Rabat une brochette sans précédent de stars planétaires Whitney Houston à leur tête. Majidi se frotte aussi au sport, en coiffant la très ambitieuse Académie Mohammed VI de football, censée former les stars marocaines de demain. Bombardé président du FUS (Fath Union Sport), il ambitionne aussi de doter la capitale dun sports and business center de dimensions européennes. Pour ce faire, il a voulu acquérir un gigantesque terrain au centre de Rabat
au dirham symbolique ! Certes en échange dinfrastructures sportives quil offrirait à la capitale, mais avec un cahier des charges scandaleusement vague. Les mauvaises habitudes sont toujours là
Insondable pauvreté
La lutte contre la pauvreté est la grande affaire de Mohammed VI. Dès son avènement, il sest attaché à donner corps à une certaine fibre sociale, devenue sa première marque de fabrique. Fondation Mohammed V, Tous unis pour aider les démunis
Le roi des pauvres a incontestablement payé de sa personne, sillonnant le royaume et nhésitant pas à serrer les plus miséreux dans ses bras, sous lil incrédule des cameramen. Mais la politique de charité institutionnelle sest vite essoufflée, à mesure que les sarcasmes sur le mode harira pour tous saccentuaient.
En mai 2005, changement de cap : le roi lance lInitiative nationale pour le développement humain (INDH), rapidement rebaptisée par la rue lindihach (la stupéfaction). Son principe est, en effet, difficile à croire : les collectivités territoriales et les relais locaux du ministère de lIntérieur (chioukh, caïds, moqaddems, etc.) sont appelés à travailler main dans la main avec la société civile, les ONG, et toutes les structures non gouvernementales qui ont à cur de faire reculer la pauvreté, en lançant des projets de développement tous azimuts. Et Mohammed VI entend y mettre les moyens : 10 milliards de dirhams en 5 ans. Objectif : réduire le taux de pauvreté de moitié dici 2010.
Nous sommes mi-2008, et aucun bilan détape global na encore été dressé. Il faut dire que le concept, malgré la propagande intensive déployée pour le servir, nest pas encore vraiment clair. Quest-ce qui relève de lINDH et quest-ce qui nen relève pas ? Devant ce flou, les inévitables magouilles ont commencé à fleurir, et beaucoup dédiles véreux ou dONG peu recommandables apposent le label INDH sur tout et rien, juste pour parer des intérêts inavouables des atours royaux. Pas mal de choses, néanmoins, ont été réalisées ; en témoigne linlassable activisme du roi, qui a parcouru des dizaines de milliers de kilomètres à la rencontre des plus défavorisés de ses sujets. Une citerne deau, un nouveau dispensaire à inaugurer ? Le roi des pauvres accourt. A tel point que certains lont surnommé inaugurator. Mais quel est limpact réel de tout cela sur la pauvreté, toujours endémique ? Personne, jusquici, na été en mesure de le chiffrer avec exactitude
Un dernier mot là-dessus : lINDH est présentée par lentourage royal comme un chantier de règne, voire le projet de société de Sa Majesté. A priori, ce nest pas une mauvaise idée. Faire reculer la pauvreté, quoi de plus noble ? Mais ce quon appelle projet de société, cest une idée dont la réalisation change la face dun pays, oui, mais aussi une idée clairement formulée, que tout le monde comprend clairement. Sans cela personne ny adhérera jamais. Or, Al moubadara al wataniya li-tanmiya al bachariya
cest tout sauf un emballage marketing séduisant. Demandez à nimporte qui dans la rue de vous expliquer de quoi il sagit, vous naurez pas deux réponses identiques ! Eh oui, la communication est indissociable de laction et ça, le Palais refuse toujours mordicus de le comprendre
Sahara : le Maroc reprend la main
Manhasset, cest fini ! Cest du moins ce que la direction du Polisario a déclaré en juin 2008, après 4 rounds de négociations infructueuses avec le Maroc dans cette banlieue new-yorkaise. En cause : Lalignement sur les thèses marocaines (dixit le Polisario) du Hollandais Peter Van Walsum, envoyé spécial du secrétaire général de lONU dans la région. Le malheureux avait eu le tort destimer irréaliste laspiration à lindépendance du Sahara, lui préférant un accord politique dans le cadre de lautonomie sous souveraineté marocaine.
Malgré ce blocage temporaire (avec ou sans Van Walsum, le processus finira bien par reprendre, faute dalternative), le Maroc conserve un avantage indéniable là où ça compte : chez les grandes démocraties occidentales. Sérieux, crédible
on ne compte plus les éloges décernées au plan dautonomie marocain par Washington, Paris et Madrid. En gros : à nous la monnaie et le drapeau, aux Sahraouis la gestion dà peu près tout le reste, selon des modalités ouvertes à la discussion. En comparaison, le plan du Polisario fait piètre figure. Improvisé en catastrophe la veille (!) de la remise du plan marocain au secrétaire général des Nations Unies, en avril 2007, il ne propose rien de notable, hormis une promesse peu convaincante de partager les ressources naturelles du territoire, une fois lindépendance acquise.
Avec son plan dautonomie, peaufiné dans le plus grand secret, Rabat a frappé fort, et a spectaculairement renversé la vapeur. Depuis le cessez-le-feu de 1991, et notamment depuis larrivée au pouvoir de Mohammed VI, le Maroc perdait peu à peu sa crédibilité sur ce dossier, accréditant lopinion générale que le royaume narrivait pas à se dépatouiller de sa mauvaise foi. A tel point quen 2002, nous avons entendu le boulet siffler à nos oreilles, quand James Baker, ancien secrétaire dEtat américain et toujours influent auprès de ladministration Bush, a cherché à forcer la main au Maroc en imposant un plan de règlement désastreux pour notre sacro-sainte intégrité territoriale. Aujourdhui, avec ce plan dautonomie très intelligemment ficelé, nous avons clairement repris la main, et les grandes puissances nous soutiennent. Cela suffira-t-il pour forcer la main à lAlgérie, qui saccroche mordicus à ce joker régional que laffaire du Sahara a toujours représenté pour elle ? Le Maroc ne saurait être otage ou prisonnier des calculs d'autrui, a déclaré Mohammed VI dans son discours du trône de 2007. Cest pourtant le cas depuis 33 ans que dure ce conflit. Un conflit qui pourrait tout aussi bien se prolonger éternellement
à moins que les grandes puissances ne sen mêlent sérieusement, au-delà de leur soutien affiché au Maroc. Si le dossier évolue en notre faveur, ce nest pas forcément à Manhasset que ça se passera
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