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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“Je suis une bent chaâb”

Noor, danseuse
(DR)

Antécédents

1970. Naissance à Agadir sous le prénom de Noureddine.
1989. Découvre le mannequinat en Espagne.
1990. Se lance dans le stylisme.
1991. Retourne au Maroc et se passionne pour la danse orientale.
2001. Tourne dans Une minute de soleil en moins, de Nabyl Ayouch.
2008. Anime l’émission Ahmar bilkhati alaârid, sur LBC Liban.

Smyet Bak ?
Y.

C’est court, dites donc ?
Ecoutez c’est comme ça, je n’aime pas faire les choses comme les autres.

Bien, bien… Smyet mok ?
X.

Et vous, vous êtes XX ou XY ?
Passons.

Nimiro d’la carte alors ?
Là, vous mettez ce que vous voulez.

Vous considérez que vous êtes devenue une femme à part entière ?
Oui, et j’en suis très heureuse, très épanouie. Toutes les femmes ont un passé, et une raison de militer dans la vie. Chacune a son propre chemin. En ce qui me concerne, j’ai contribué à mon propre bonheur et à celui de beaucoup de personnes.

Et comment donc ?
J’estime avoir contribué à réhabiliter la danse orientale au Maroc. Avant, la discipline souffrait d’une image négative. Aujourd’hui, il n’y a pas un mariage sans danseuse orientale. Je pense y être pour quelque chose.

Il paraît que vous êtes une ex-athlète. Si vous ne vous étiez pas recyclée dans la danse, peut-être que vous seriez à Pékin, en ce moment, pour les J.O ?
Possible. Et peut-être même que j’aurais décroché une médaille (rires). Quand je pratiquais la course, je franchissais facilement les obstacles, parce que j’ai de longues jambes.

Vous avez aussi le bras long ?
Je pense être bien proportionnée.

Je ne parlais pas de votre corps, mais de vos relations…
J’ai bien compris. Je pense être quelqu’un d’ordinaire, une madame tout le monde.

Vous avez interprété le rôle d’une chemkara. C’est un rôle de composition ?
C’est-à-dire que je parle comme une chemkara, dans le sens où je suis quelqu’un de simple, tout comme le personnage que je campe. C’est une jolie femme, mais dès qu’elle ouvre la bouche, elle est khasra. C’est une personne qui a réussi dans la vie, mais qui continue de fréquenter ses amis de la rue.

Noor est une marque déposée ?
Oui, totalement.

Vous êtes sérieuse ?
Oui, je suis une artiste “made in Morocco”. Je suis une bent chaâb, une enfant du pays, fière de ses racines. Beaucoup d’artistes quittent le Maroc, croyant réussir à l’étranger. Alors qu’en fait, il y a encore plus de concurrence là-bas, et dans le milieu du showbiz, c’est la guerre. Au Maroc, au contraire, tout reste à faire. Et puis, nous avons la chance de vivre dans un pays très tolérant, ouvert sur les autres cultures.

Vous dites ne pas aimer faire les choses comme les autres. Pourtant, ça fait un peu carte postale ce que vous avancez…
C’est clair qu’au Maroc, ce n’est pas la fête tous les jours. Il faut se battre pour réussir. Ce n’est facile pour personne. Mais l’évolution est palpable. Tenez, on voit de plus en plus de filles qui s’adonnent au rap, qui s’habillent comme des garçons. Il y a quelques années, c’était inconcevable.

Vous êtes riche ?
Oui, humainement et culturellement. Je parle sept langues : le français, l’anglais, l’espagnol, l’italien, le libanais, l’égyptien, et notre chère darija, qui, mine de rien, est une langue très difficile. Un étranger ne peut pas prononcer khoukha, tefa7a, berkoka…

Quand vous sortez pour aller acheter votre pain, vous êtes aussi habillée en tenue de soirée ?
Non, bien sûr. J’aime bien prendre soin de moi, porter de belles choses. Mais au quotidien, je suis simple. Je porte un T-shirt, un jogging et des claquettes. Cool raoul quoi.

Vous êtes fière d’être une bent l’Hay Mohammadi ?
À fond ! Mon quartier a sorti de grands noms comme Nass El Ghiwane, les Tagada ou Mohammed Miftah. Je m’y rends souvent, pour manger des figues de barbarie ou bien passer à mon ancienne école.

Et quand vous apercevez un ould derb, vous lui dites bonjour ou vous le snobez ?
Je m’arrête et je le salue, on tape la discute. Je chante un petit morceau. Souvent, mes amis me prennent en photo avec leur téléphone portable.

Vous êtes amoureuse en ce moment ?
Tant que mon cœur battra, je serai amoureuse de toute personne qui me témoignera son amour.

Et vous comptez vous marier un jour ?
Je suis mariée à ma famille, mes parents, mes frères et sœurs. Et puis, j’ai une petite fille que j’ai adoptée.

Bref, vous êtes heureuse ?
Complètement !

 
 
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