Audiovisuel. À vos marques, prêts, partez !
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Souleïman Bencheikh

Audiovisuel. À vos marques, prêts, partez !

Les membres de la HACA, à leur tête
son président Ahmed Ghazali (g.), devraient prendre leur temps avant
de livrer la listes des heureux élus.
(TNIOUNI)

La HACA prépare sa seconde fournée de licences audiovisuelles. Parmi la flopée de candidats, des magnats de la finance et des patrons de presse, mais aussi des “enfants chéris” du Makhzen. Etat des lieux.


Les candidats à la deuxième vague de licences audiovisuelles avaient jusqu’au 15 juillet pour déposer leurs dossiers auprès de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA). Et celle-ci devait se prononcer quinze jours plus tard sur leur acceptabilité juridique :
un premier filtre, avant le véritable appel à concurrence, qui sera lancé le 11 août. Ces “aspirants à l’audiovisuel” disposeront alors de deux mois pour défendre leurs projets, à l'occasion de “grands oraux” qui se dérouleront en octobre ou novembre prochain. On l’a compris, le calendrier que s’est fixé le Conseil de surveillance de la communication audiovisuelle (le CSCA, principale instance de la HACA) est relativement souple : “Le CSCA a décidé de procéder selon un planning et des modalités qui seront fixés et communiqués aux candidats en temps opportun”, expliquait, le 11 juin dernier, le communiqué de la HACA, annonçant le lancement de la seconde vague de licences. Pour résumer, il serait surprenant que le paysage audiovisuel marocain (PAM) s’enrichisse de nouvelles chaînes télé et stations radio avant janvier 2009... dans le meilleur des cas. Donc, officiellement, à l'instance de régulation, “il est encore trop tôt pour communiquer sur la question”. Et, pour les candidats à la licence, il est tout aussi “prématuré de s’épancher dans la presse”. “Dans l’attente de la validation juridique de notre dossier, nous avons une obligation de réserve”, nous oppose-t-on de toutes parts. Quoi d’autre alors à se mettre sous la dent, mis à part les petits signaux envoyés ici et là, et les inévitables bruits de coulisses dont raffole le microcosme audiovisuel ?

La course est lancée !
D’ores et déjà, les (vraies) questions peuvent être posées. Voilà six ans que la création de la HACA a mis fin au monopole de l’Etat dans le secteur audiovisuel. Et, deux années après la première vague de licences, quel bilan peut-on faire de la redéfinition du paysage médiatique ? Conformément aux instructions données par le roi, martelées dans certains de ses discours, qu’est-on en droit d’espérer des prochaines licences qu’accorderont les neuf juges du CSCA ? C’est le sens de la libéralisation des médias marocains qui est ici en question, avec en ligne de mire, un enjeu primordial : jusqu’à quel point le royaume est-il prêt à rompre avec une longue tradition de contrôle des médias ? Sur le chapitre des intentions et de la “philosophie de la libéralisation”, le préambule de la loi portant création de la HACA est très clair : “La réforme du secteur de la communication audiovisuelle est une composante essentielle de ce mouvement général de réformes engagé, étant donné l’importance de son rôle dans la consécration des valeurs de liberté, de pluralisme, de modernité, d’ouverture, de respect des droits de l’homme, de qualification de notre pays, aussi bien sur le plan politique que sur le plan économique, social et culturel”. Pourtant, les résultats de la première vague de licences, en avril 2006, avaient fait beaucoup de déçus. Rien que de très normal, vu le nombre de candidats recalés… Mais, étant donné le discours sur la libéralisation du secteur, vu aussi les espoirs suscités, beaucoup ont été (désagréablement) surpris que, sur les onze projets de chaînes de télévision, un seul parvienne à décrocher le précieux sésame du CSCA. Il s'agit de la Franco-marocaine Medi1 Sat, soutenue par Jacques Chirac, alors président français, et dirigée par l’inusable Jean-Pierre Casalta. Côté radios, dix dossiers avaient été validés. Ces stations ont, depuis, fait leur bonhomme de chemin : Hit Radio, de Younès Boumehdi, fils du général du même nom, Atlantic, radio du groupe de presse Ecomedias, Aswat, portée à bout de bras par le très médiatique Thami El Ghorfi... Au banc des recalés, des noms aussi prestigieux que Mohamed Mounir Majidi, dont le projet de radio “de services” n’a pas séduit, les frères Chaabi qui proposaient, eux, une radio musicale avec DJ Abdel, et même Jettou fils, qui défendait un dossier de radio de divertissement.

Les professionnels du secteur n’ont souvent pas compris la logique qui a présidé aux arbitrages de la HACA. Comment expliquer que nombre de projets réunissant toutes les conditions objectives pour être autorisés aient été mis en stand by ? Officiellement, la raison avancée par la HACA est très simple : la faiblesse de la ressource fréquentielle. Mais l’argument de la “recherche et de la sécurisation de nouvelles fréquences nécessaires à la mise en service des nouvelles chaînes de télévision et stations radio” cache un autre enjeu de taille : ce sont les militaires qui contrôlent les domaines de fréquences et donc, par effet domino, la libéralisation du secteur audiovisuel. De là à conclure que, lors de l’attribution des premières licences, l’armée ne voulait pas lâcher du lest, il n’y a qu’un pas.

Le choc des titans
Le même scénario se reproduira-t-il cette fois-ci pour la deuxième vague ? Rien n’est moins sûr : de nouveaux acteurs sont entrés dans le jeu, modifiant la donne et les règles. “Pour l’attribution des prochaines licences, la HACA a changé d’approche”, croit savoir un candidat officieux. Dorénavant, la recevabilité juridique du dossier est décortiquée au préalable. Sans doute un moyen de démêler les fils de montages financiers censés brouiller les pistes. “Souvent, le porteur du projet n’est qu’un prête-nom, explique une source à la HACA, et nous devons veiller à l’éthique du métier, et éviter que l’audiovisuel devienne un marché spéculatif”. En d’autres termes, il ne faut pas s’attendre à une ouverture tous azimuts. “Le ticket d’entrée est encore très cher, il faut avoir les reins solides”, commentent la plupart des observateurs. Si l’attractivité financière du secteur audiovisuel fait encore beaucoup de sceptiques, où sont alors les arguments qui poussent les barons de l’économie nationale à s’y intéresser de très (trop) près ? La manne publicitaire est encore très loin d’inonder le marché. Et l’exemple de Medi1 Sat n’est pas fait pour rassurer. La chaîne d’information de Casalta peine à trouver son public (et les recettes publicitaires qui vont avec). Difficile, semble-t-il, de séduire le téléspectateur marocain, malgré le savoir-faire d’une radio expérimentée.

Pourtant, les projets ne manquent pas. Côté HACA, on est encore assez flou sur le nombre de demandes officielles, mais on est sûr qu’il avoisine la cinquantaine, télés et radios confondues. Certains observateurs avertis tablent même sur 70 candidatures. Mais au final, très peu croient à un chamboulement du PAM. “Quatre ou cinq projets maximum devraient aboutir, et encore, certains risquent de ne pas passer le cap des premières années”, confie notre source à la HACA. Pourtant, les noms de candidats qui circulent sont loin d’être anodins : Othman Benjelloun, le président de Finance.Com, serait à nouveau sur les rangs, appuyé par Atcom, Bouygues et Marionnaud. Le ministre de l’Agriculture et néanmoins PDG d’Akwa, Aziz Akhannouch, aurait lui aussi misé gros, avec le soutien de Karim Bennani, ex-patron de l’agence de communication Starcom. La principale inconnue, celle qui vient modifier la donne, est la candidature supposée de Fouad Ali El Himma. Certains observateurs spéculent même sur sa présence dans le tour de table du projet d’Akhannouch. Le secrétaire particulier su roi, Mounir Majidi, remettrait quant à lui le couvert après ses espoirs déçus en 2006.

Confusion des genres
L’octroi des licences télé et radio risque ainsi d’être un grand moment de la vie politique nationale : les observateurs avertis tenteront de saisir l’air du temps ou, pour faire court, de flairer les favoris du moment. Qu’un Akhannouch réussisse à remporter une licence poserait certainement un cas de conscience : comment accepter qu’un homme qui concentre déjà des responsabilités et des pouvoirs incompatibles, devienne en plus un acteur de la scène audiovisuelle ? Le patron d’Akwa avait pourtant promis de se retirer de ses lucratives activités économiques pour se consacrer entièrement à la politique. Promesse oubliée ? Déjà présent dans la presse et dans la radio, le consensuel Kamal Lahlou, patron du groupe New Publicity, est aussi dans la course pour une licence télé. El Himma, quant à lui, est décrit comme très proche d’un Ilyas Omari, membre du CSCA. Et vu le vent qui souffle en sa faveur depuis son intrusion dans le champ politique, le (toujours ?) numéro 2 du régime est attendu au tournant. Son éternel rival, Mounir Majidi, n’aura peut-être qu’à bien se tenir. À moins que…

L’attribution des prochaines licences a ainsi toutes les chances d’alimenter les rumeurs de l’été et de devenir le feuilleton de la rentrée. Préparons-nous en tout cas à un grand affrontement entre gros bras venus de partout : barons de la finance, patrons de com’, “généraux–philes” décomplexés et autres courtisans politisés risquent de se chamailler bien fort pour une place sur nos écrans ou dans nos transistors. Téléspectateurs et auditeurs pourront quand même zapper à loisir…



Zoom. Les grosses pointures

C’est sur le terrain des chaînes télé, plus que sur celui des radios, que les gros pontes se livrent bataille. C’est notamment le cas pour Aziz Akhannouch, actuel ministre de l’Agriculture, mais aussi et surtout magnat des hydrocarbures, notamment via Afriquia. Celui qui est également à la tête de la région du Souss-Massa-Drâa entend lancer une chaîne de télévision à couverture nationale, mais avec des objectifs clairement affichés en termes de proximité. Autre candidature emblématique, celle du patron de BMCE Bank, Othman Benjelloun, qui aurait également déposé une demande de licence pour une télévision généraliste à couverture nationale, avec en prime des ambitions régionales, essentiellement en Afrique. Assisté par Moncef Belkhayat, ex-numéro 2 de Méditel, le groupe de “Sir Othman” ambitionne de développer tout un pôle dans le secteur audiovisuel, avec AT Com comme cheval de Troie. New Publicity, dirigé par Kamal Lahlou, n’est pas en reste. Après la presse écrite (La Gazette du Maroc, VH, Challenge, Lalla Fatima…) et la radio (Casa FM, MFM), le groupe est aussi dans les starting-blocks pour l’obtention d’une licence télé. Mais celui qui nourrit toutes les conversations d’initiés, c’est bien sûr Fouad Ali El Himma, qui se dit ouvertement intéressé par la création de tout un groupe de médias, et plus seulement un magazine ou un quotidien esseulé. De quoi faire frémir tous les prétendants ?

 
 
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