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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Zeghari

Nos chances à Pékin

Khadija Abbouda
(DR)

Ils seront 51 athlètes à défendre les couleurs du Maroc lors des JO. Mais combien risquent de revenir de Chine avec une médaille, synonyme d’une prime allant jusqu'à un million de dirhams ? Tour d’horizon.


Athlétisme
Une longue idylle

“Lorsque, pour la première fois lors des Jeux Olympiques, le drapeau marocain a été hissé, grâce à Aouita et Nawal, beaucoup de spectateurs
se sont demandé : “Qui est ce Morocco” ? Ils ne le connaissaient pas. Ceux qui se sont posé cette question ont par la suite connu ce pays davantage par Aouita et Nawal que par son roi”, reconnaissait Hassan II, dans un discours à l’occasion de la Fête de la jeunesse en 1997. Les jeux dont parle le défunt roi sont ceux de Los Angeles 1984. Nawal El Moutawakil et Saïd Aouita y ont respectivement remporté la médaille d’or au 400 mètres haies et au 5000 mètres. Ce fut vingt-quatre ans après la première participation du royaume aux JO (Rome 1960), où le marathonien Abdeslam Radi a remporté une médaille d’argent. Mais c’est réellement depuis 1984 que l’athlétisme s’est imposé comme le sport marocain au palmarès le mieux fourni à l’international. Au compteur : 14 médailles olympiques, dont 6 en or. Car la saga s'est poursuivie en 1988, à Séoul, avec la victoire de Brahim Boutayeb au 10 000 mètres. Quatre ans plus tard, c’est au tour de Khalid Skah de lui succéder à Barcelone. Puis, quelques médailles d’argent et de bronze plus loin, Hicham El Guerrouj se pointe avec ses deux consécrations olympiques à Athènes 2004, au 1500 et au 5000 mètres. Cette année, les trente ambassadeurs de l’athlétisme marocain réussiront-ils à faire résonner l’hymne national dans le Stade olympique de Pékin ? “Dans l’athlétisme, nous sommes parmi les meilleurs mondiaux”, soutient Noureddine Benabdenbi, le secrétaire général du Comité olympique marocain.

De Lamiae Lhabze, au 400 mètres haies, à Brahim Taleb, au 3000 mètres steeple, en passant par Tarik Bouguetaïb au saut en longueur, les spectateurs garderont un œil attentif sur Jaouad Gharib, le militaire marathonien. Mais les aficionados préféreront les disciplines de fond et de demi-fond, épreuves où les Marocains ont coutume de briller. À leur tête, une vétérane. “Hasna Benhassi reste une valeur sûre au 800 mètres”, appuie cet amateur confirmé. Elle tentera de faire mieux que la seconde marche du podium glanée aux Olympiades de 2004. “Elle a tout d’une battante, poursuit notre interlocuteur. Malgré sa fracture au tibia en 1999 et une année sabbatique en 2002 à cause de sa grossesse, elle a terminé seconde à Athènes et aux championnats du monde de 2005 et 2007”. Noureddine Benabdenbi, lui, est plus prudent : “Hasna restera une grande championne même si elle ne remporte pas de médaille”. Et poursuit : “En revanche, Meriem Selsouli Alaoui a de fortes chances de surprendre le monde olympique”. En effet, la spécialiste du 1500 et du 5000 entame les JO forte de sa troisième place aux derniers championnats du monde à Valence. Pour sa part, le journaliste sportif Najib Salmi voit la relève d’El Guerrouj en la personne de Abdelaâti Iguider, un challenger dans ces JO. Et les performances de ce jeune athlète pourraient lui donner raison : à 21 ans, Abdelâati a déjà été champion du monde junior du 1500 mètres en 2004 puis vice-champion en 2006. On croise les doigts…

Boxe
Un poing, c’est tout

Il y en a qui courent après leur médaille, d’autres préfèrent la prendre à la force des poings. À l’instar de l’athlétisme, les sports de combat sont prisés par les Marocains depuis 1960, première participation du pays aux JO. Le noble art est, avec les épreuves d’athlétisme, l’unique discipline qui a toujours accueilli des sportifs vert et rouge et leur a permis de fouler les marches des podiums. Trois médailles de bronze sont à mettre au compteur des puncheurs nationaux : en 1988 à Séoul, en 1992 à Barcelone et aux dernières olympiades d'Athènes. Cette année, ils seront dix boxeurs marocains dans la capitale chinoise, guidés par Tahar Temsamani, médaillé de bronze lors de la dernière édition. Pendant les tournois éliminatoires, nos pugilistes se sont hissés à la première place continentale. Dans leurs bagages : quatre médailles d’or, trois d'argent et une de bronze. “Le président de la Fédération de boxe nous a garanti au moins une médaille, confie ce cadre du Comité olympique marocain. Nous nous attendons quand même à plus de victoires”. Les futurs champions font sûrement partie des quatre premiers de la classe : Redouane Bouchtouk, mi-mouche, et Mehdi Khalsi, poids moyen, seront épaulés par les poids lourds et super-lourds Mohamed Arjaoui et Mohamed Amanisi. Des pronostics tempérés par le journaliste sportif Belaïd Bouimid, qui a suivi de près les tournois qualificatifs de la discipline : “Nous avons de bons boxeurs. Mais comme ça se joue souvent sur le nombre de points, nous espérons que l’arbitrage ne sera pas contre nous”.

Arts martiaux
Un ipon ou deux

Côté arts martiaux, le taekwondo marocain est représenté par deux femmes et un homme. Le point commun entre Ghizlaine Toudali, Mouna Benabderrasoul et Abdelkader Zrouri ? Une progression fulgurante dès leurs premières apparitions dans des compétitions officielles. Toudali, 24 ans, a accumulé 16 médailles dans les compétitions nationales entre 1993 et 1996. Mouna Benabderrasoul, elle, a grandi auprès d’un père entraîneur national de taekwondo, avant de prendre d’assaut les compétitions internationales et se hisser à la troisième position dans les championnats du monde en Corée du Sud en 2001, 3ème en Coupe du monde au Japon l’année suivante, sans compter ses médailles d’or aux Jeux méditerranéens en Italie (2002) et en Tunisie (2003). “Nous fondons de grands espoirs en elle, nous confie Mohamed Benabdenbi. Mouna est l’une des meilleures au monde dans sa discipline”. Mais sur le papier, le favori reste Abdelkader Zrouri, qui a fini 1er aux qualifications aux JO, après une 5ème place glanée à Athènes. Le judo marocain comptera, quant à lui, quatre ambassadeurs à Pékin (parmi les 14 judokas africains). Et pas des moindres à en croire les résultats aux qualifications : Younès Ahmadi et Safouane Attaf ont terminé à la première place dans leurs catégories respectives, tandis que Rachid Rguig et Mohamed El Asri ont fini troisièmes. “Ces résultats placent le Maroc 4ème pays africain. Mais le niveau continental a encore une grande marge de progression”, modère Benabdenbi.

Jeux d’armes
Peut-être une touche...

Estoc, pronation ou supination sont des termes encore quasiment inconnus au Maroc. Gageons que pour les prochaines Olympiades, nos supporters se familiariseront avec le jargon de l’escrime, discipline où des représentants marocains seront également de la partie. Avec une particularité : le Comité national olympique, présidé par l’omniprésent Housni Benslimane, a été chercher ses tireurs au sein de la communauté marocaine à l’étranger. Ils sont au nombre de deux : Issam Rami, pensionnaire du Racing club de Paris, revient après une élimination au premier tour d’épée masculine à Athènes. Ali Xavier, lui, prendra part à la compétition pour la première fois, fleuret à la main. Un coup de chance, diront certains, puisque le Franco-marocain a gagné son ticket pour Pékin… suite au forfait d'un adversaire.

Toujours dans la pêche aux MRE, la Fédération royale marocaine de tir à l’arc (si, si, elle existe) a adoubé Khadija Abbouda. La Française d’origine marocaine avait terminé l’année 2007 à la 130ème position au championnat du monde de la discipline. Une “performance” suffisante pour participer aux JO, une première pour le Maroc, qui n'a jamais eu d'archers de ce niveau. Mais pour cette compétition, notre ambassadrice aura du mal à briller. D’après ses déclarations à la presse, Khadija estime que, même si rien n’est joué à l’avance dans le sport, ses chances de monter sur le podium sont bien minces. Unique cible à toucher pour Khadija : une prestation honorable.

Natation
Histoires d’eau

Les Jeux de Pékin signeront la troisième participation du royaume aux épreuves de natation. Là encore, la sélection nationale a fait son marché parmi les MRE, en allant pêcher Sara El Bekri à Lyon (où elle poursuit sa carrière de nageuse professionnelle en même temps que ses études d’ingénieur). Pour autant, Sara n'est qu'une expatriée : ses premières longueurs, elle les a parcourues dans les deux clubs casablancais du Wydad et du Raja. Et son créneau, c’est la brasse, sur 100 et 200 mètres. Coté performances, Sara avait terminé la saison 2007 avec une troisième place au championnat de France (50 mètres brasse), avant de s'imposer la même année en Coupe de France puis aux Jeux Panarabes. Et la progression continue, puisque cette année, elle s'est hissée parmi les 18 meilleures nageuses aux championnats du monde à Manchester. Des résultats prometteurs, qui contrastent avec la prudence de la nageuse : dans ses sorties médiatiques, Sara ne semble pas très optimiste sur ses chances aux JO. La raison ? Le directeur technique de la Fédération lui impose un entraîneur autre que Mohamed Rachidi qui l'avait fait barboter depuis ses 8 ans. “C’est important que M. Rachidi soit à mes côtés, c’est une question de préparation psychologique”, a-t-elle déclaré. Mais Sara devra s'y faire : c’est l’entraîneur de la Fédé qui l’accompagnera. D'ici là, ils auront le temps de faire plus ample connaissance…



Nos chances réelles. Un podium pour trois

“L’important, c’est de participer”, dixit la devise olympique. La chose est peut-être secondaire pour Pierre de Coubertin, mais gagner, c'est vraiment ce qui fait courir les athlètes et crier leurs supporters. À Pékin, les chances de voir le drapeau marocain flotter restent suspendues à deux disciplines : l’athlétisme et, dans une moindre mesure, les sports de combat. Et les jeunes sont à l’honneur. Pour le demi-fond, les espoirs reposent sur Meriem Selsouli Alaoui. “C’est une athlète régulière que nous suivons depuis longtemps, nous déclare Noureddine Benabdenbi, le secrétaire général du Comité olympique marocain. À mon avis, Pékin est l’occasion pour Meriem de s’affirmer comme une véritable championne”. Autre grand espoir, Abdelâati Iguider qui pourrait, selon les spécialistes, devenir le nouveau champion marocain du 1500. “Il est phénoménal, s’exclame le journaliste Najib Salmi. Il a le talent, la condition physique et il profite de l'expérience de Abdelkader Kada, qui a travaillé avec Aouita et El Guerrouj”. Depuis 2004, les chronos d'Iguider ne cessent de s’améliorer. Il s’affiche aujourd’hui à moins de six secondes du record du monde de Hicham El Guerrouj. Côté sports de combat, Abdelkader Zrouri entame les olympiades avec un bon moral, suite à sa prestation honorable aux derniers JO et des classements remarquables à de nombreux tournois internationaux comme les championnats du monde (3ème) et l’International de Belgique (1er). “Zrouri a de fortes chances de nous rapporter une première médaille en taekwondo, affirme ce journaliste sportif. Il est l’un des meilleurs de sa catégorie et, en plus, il a l’expérience des JO”. Les paris sont ouverts…

 
 
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