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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

Radio. Libre antenne et autocensure


Momo, l’animateur par qui le
scandale est arrivé…
(TNIOUNI)

Alors que la station Hit Radio vient de suspendre de son propre chef son émission vedette Libre Antenne, l’autorité audiovisuelle attend toujours les explications de son patron, Younès Boumehdi, au sujet des dernières “sorties” de l’émission nocturne. Décryptage.


Vendredi 22 août. Surprise sur la bande FM. Libre Antenne, programme-phare de la station Hit Radio, n’est pas diffusé sur les ondes hertziennes. En fait, la direction de la jeune station rbatie a
décidé de suspendre pendant le mois de ramadan l’émission nocturne présentée par l'animateur vedette Momo. Que s’est-il passé ? Retour 48 heures en arrière. Mercredi 20 août, il est 23 heures quand une certaine auditrice auto-baptisée Clara Morgane (du nom de la célèbre ex-star française du X), habituée à “chauffer” le standard de Hit Radio, fait un passage à l’antenne. S’ensuit un dialogue assez “hot” entre elle et Momo. Florilège : “Momo, fais mouiller ma petite culotte”, ou encore, “Je veux que tu m’excites en arabe”. Réponse de l’intéressé : “Clara, moi aussi j’ai envie de te sauter”.

Arrêt temporaire
Humour salace ou dérapage verbal, toujours est-il que la direction de l’antenne presse l’animateur de tempérer ses ardeurs lors de ses prochains passages sur les ondes. Mais rien n’y fait. Rebelote le lendemain. S’adressant à une jeune femme en proie aux carences libidineuses d'un mari âgé, Momo lui conseille de s'offrir “un vibromasseur qui fait des rotations de 360 degrés…”. C'est probablement la goutte qui a fait déborder le vase. La direction de Hit Radio montre les dents : Libre Antenne est momentanément déprogrammée de la grille de Hit Radio. Dans la foulée, toute l’équipe en charge de l’émission (Momo, deux de ses co-animateurs et le responsable du programme) est mise à pied, en attendant que le comité d’éthique et le comité de direction de la station statuent sur son sort. “Nous avons considéré qu’une faute a été commise, nous avons donc agi en conséquence”, nous a confirmé Younès Boumehdi. Une semaine plus tard, Hit Radio se fend d’un communiqué de presse aux allures de repentance, s’excusant auprès de ses auditeurs “pour les propos tenus durant l’émission Libre Antenne”. “En effet, l’animateur a laissé passer certaines interventions au contenu litigieux et en parfaite contradiction avec la charte déontologique de Hit Radio”.

La HACA (Haute autorité de la communication audiovisuelle), qui a pourtant eu vent du remue-ménage via un courrier adressé par Hit Radio, attendra le lendemain (le vendredi 29 août) pour réagir, demandant au patron de la station de s’expliquer sur les “dérapages”. Et si, dans les jours qui viennent, la HACA venait à prononcer une sanction contre Hit Radio, ce ne sera jamais que la deuxième du genre. Un privilège dont seule la station rbatie peut se prévaloir parmi ses consoeurs.

Déjà, en novembre 2007, Hit Radio s'était fait tirer les oreilles par le CSCA (Conseil supérieur de la communication audiovisuelle) pour “défaut de maîtrise d’antenne”. Objet du délit : des débats portant sur des sujets tels que la consommation de drogue et d’alcool, d’adultère, de viol et d’homosexualité… dans le cadre de l'émission Libre antenne. Verdict : 100 000 DH d'amende, dont la station s'acquitte rubis sur l'ongle. “Quand on dirige un média, c’est un risque qu’on court. Nous jouons notre rôle de défricheur de terrain en nous attaquant à des sujets osés…”, nous avait déclaré à l’époque Younès Boumehdi.

Faute avouée…
Mais depuis cet épisode, il semblerait que le patron de la station rbatie ait changé son fusil d’épaule. “Je ne suis pas particulièrement conservateur, mais j’ai trouvé que les propos tenus lors de l’émission étaient bien trop explicites sur la sexualité”. Et de nuancer : “Mais il faut relativiser. En tout et pour tout, il y a eu seulement 3 minutes de dérapages, sur les 480 d’antenne. En outre, nous avons diffusé à plusieurs reprises un message annonçant clairement que le programme pourrait heurter la sensibilité du jeune public”. En suspendant Libre antenne, Younès Boumehdi a-t-il cherché à éviter les foudres du CSCA, pensant qu’une faute avouée est à moitié pardonnée ? Probablement... Certains avancent même qu’il se serait désolidarisé de son équipe, qu’il aurait, pour ainsi dire, “lâchée”. “Absolument pas, oppose-t-il. J’ai un attachement viscéral pour cette équipe. Nous formons une véritable famille”. Une famille qui draine de l’audience. Chaque soir, les appels d’auditeurs affluent par centaines, les messages sms pleuvent par milliers. Libre Antenne serait ainsi, d’après Boumehdi, l’émission la plus écoutée au Maroc entre 20 heures et minuit. “Selon un cabinet de consulting, qui mène une enquête sur 3000 auditeurs par mois, Hit Radio est leader sur cette tranche horaire”. Et de tempérer : “Certes, l’échantillon n’est pas forcément représentatif, mais nous menons nos propres enquêtes qui confirment cet état de fait”.

Résultat : suspension ou pas, Hit Radio n'a pas vraiment envie de sacrifier sa poule aux œufs d'or. “À l’heure actuelle, nous réfléchissons à une nouvelle formule, car nous tenons au concept. Nous voulons garder le contact avec les auditeurs”. Justement, qu’en pense l'audience, principalement jeune, de la station. “Je trouve que Momo manque parfois de retenue… Il confond liberté d'expression et vulgarité”, peut-on lire sur un forum Internet. Ce à quoi un autre internaute rétorque : “Libre Antenne est la seule émission qui aborde des sujets osés, ce qui en soi est énorme. Que son animateur commette des erreurs de temps à autre, ce n'est pas si grave…”. Les avis sont partagés, et le débat reste ouvert, en attendant que l’autorité compétente tranche. Verdict dans les semaines qui viennent.



Zoom. Que dit la loi ?

“Hit Radio sera très probablement sanctionnée à l’issue du conseil qui se tiendra le 17 septembre, nous apprend ce membre de la HACA. Nous allons nous conformer aux textes de loi en vigueur”. Des textes qui offrent à l’autorité audiovisuelle une kyrielle d’instruments répressifs, qui vont du simple avertissement au retrait définitif de la licence d'émettre, en passant par la suspension de la diffusion d'un programme (pendant un mois au plus), la réduction de la durée de la licence et l'amende (dont le montant ne peut excéder 0,5% du chiffre d’affaires publicitaire hors-taxes réalisé au cours du dernier exercice). “Mais il y a fort à parier que la pénalité sera pécuniaire”, poursuit notre source à la HACA. Sauf que, cette fois-ci, la HACA risque d’avoir la main un peu plus lourde qu’en novembre 2007 (100 000 DH). Reste la question principale : Peut-on tout dire à l’antenne ? “Il est évident qu’il faut imposer des limites”, estime un chargé de mission du CSA, l’équivalent français de la HACA. Apologie de la violence, discrimination raciale et atteinte à la dignité des auditeurs sont autant de pratiques proscrites par la HACA, en plus des traditionnelles lignes rouges (la monarchie, l’islam, l’intégrité territoriale) à ne pas franchir. Que faire alors quand c’est un auditeur qui dérape ? Là aussi, les textes de loi sont clairs : “L’opérateur conserve, en toute circonstance, la maîtrise de son antenne”.

 
 
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