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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Souleïman Bencheikh

Nominations. Jeu de chaises musicales

Abdelali Benamour
(AIC PRESS)

Le 20 août dernier, à l’occasion de la commémoration de la révolution du roi et du peuple, Mohammed VI procédait à la nomination d’une poignée de hauts commis de l’Etat. Quatre profils triés sur le volet : un entrepreneur hyperactif, un incorruptible persévérant, un homme du sérail et un juriste consensuel. Portraits.


Cette année, après un été plutôt morose, la rentrée politique a coïncidé avec l’anniversaire du roi. Rappelés de vacances in extremis, Abdelali
Benamor, Abdesselam Aboudrar, Taïeb Cherkaoui et Driss Dahhak ont été reçus par un Mohammed VI en villégiature dans son palais de Tétouan. Au menu, régulation de la concurrence, lutte contre la corruption, travail gouvernemental, réflexion sur la justice. Avec une petite dose de sang neuf, quelques innovations et beaucoup de volonté, le roi aurait-il décidé de s’attaquer aux gros dossiers ? Les appelés auront en tout cas du pain sur la planche…


Abdelali Benamour [ L’hyperactif ]
(Conseil de la concurrence)

Cet économiste a plus d’une corde à son arc. Auteur d’une thèse sur “l’intermédiation financière” dans les années 1960, Benamour s’est rapidement imposé dans le milieu de l’enseignement en participant au lancement de l’ISCAE, première école de commerce publique, dont il est directeur de 1971 à 1976. Une décennie plus tard, il se lance dans le privé : ce sont alors les débuts de HEM, dont on connaît aujourd’hui le succès, avec des antennes à Rabat, Casablanca, Marrakech, Tanger… “C’est un homme brillant et hyperactif”, résument ses amis. Chez ses détracteurs, tout autre son de cloche : “Benamour est un gestionnaire autoritaire qui gère mal les conflits”, dénonce un enseignant de HEM. Effectivement, le président de l’école ne fait pas dans la dentelle : en proie à un conflit interne avec ses étudiants, il aurait déjà menacé d’exclure toute une promotion. Encarté à l’USFP, mais aussi membre du Conseil consultatif des droits de l’homme (CCDH) depuis 2007, ainsi que de la Commission spéciale enseignement - formation (COSEF, 1999-2005), Benamor figurait parmi les nombreux pressentis au poste de ministre de l’Education. Il n’en fut rien. Désormais à la tête d’un Conseil de la concurrence qu’il devra réactiver, il n’aura pas la tâche facile (voir article page 46). Premier bémol : le Conseil de la concurrence n’a aucun pouvoir d’auto-saisine et reste en cela dépendant du gouvernement, des commissions parlementaires et des collectivités territoriales, ce qui limite sa marge de manœuvre… comme un gendarme sans uniforme.

Abdesselam Aboudrar [ Le persévérant ]
(Instance centrale de prévention de la corruption)

Le directeur général adjoint de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) est une force tranquille. Pressenti depuis 2007 pour prendre les rênes de la lutte anti-corruption, cet ancien militant de gauche, détenu politique pendant les années 1970, a su attendre son heure. Le départ de l’ancien Premier ministre Driss Jettou, qui souhaitait mettre en place l’Instance centrale de prévention de la corruption (ICPC) avant la fin de son mandat, a coïncidé avec un silence radio qui a duré plus d’un an. Un retard qui s’explique par les longues tractations sur la liste des membres de l’Instance, qui n’a d’ailleurs pas encore été divulguée. Mais tout vient à point à qui sait attendre. L’ingénieur Aboudrar, diplômé de Ponts et chaussées, a hérité le 20 août dernier d’une mission colossale : la présidence de l’ICPC pour six ans. Un challenge comme les aime ce scientifique éclectique, qui a navigué entre le privé et le public, avant d’entrer à la CDG en 1998 à la direction du pôle prévoyance. C’est finalement en tant que membre fondateur de Transparency Maroc qu’il est contacté par le conseiller royal Abdelaziz Meziane Belfkih, qui le charge de plancher sur un avant-projet. Mais la nomination d’Aboudrar à la tête de la nouvelle Instance pose moins de questions que celle de sa réelle marge de manœuvre. Principales missions de l’ICPC : analyser la corruption en centralisant toutes les données sur le phénomène et publier un rapport annuel dans lequel doivent figurer des recommandations pour le gouvernement. Déjà, quelques pessimistes s’interrogent : peut-on vraiment endiguer la corruption dans les grands corps de l’Etat, notamment l’armée et la justice ? On jugera sur pièces.


Taïeb Cherkaoui [ L'homme du sérail ]
(Premier président de la Cour suprême)

Ce natif de Bejaâd, en 1949, est titulaire d'une licence en droit (Université Mohammed V de Rabat), d’un DEA en sociologie (Université de Bordeaux II) et d’un DES en sciences juridiques (Université Hassan II de Casablanca). Après avoir occupé plusieurs postes au sein de la magistrature, il assume à partir de 1997 la fonction de directeur des Affaires pénales et des grâces au ministère de la Justice. C’est sous cette étiquette qu’il aura à gérer les grâces traditionnellement accordées par le souverain et qui ont souvent prêté le flanc à la polémique, notamment quant au sort des détenus islamistes. Actif au sein de la Ligue arabe et au PNUD, Cherkaoui était, depuis mars 2007, procureur général près la Cour suprême. En accédant à la présidence de cette même institution, il marche dans les pas de Driss Dahhak et voit ainsi sa carrière consacrée. Pas vraiment une surprise pour ce proche du sérail, apparenté à la famille royale. Avec cette nomination, il devient l’homme fort de la Justice… au détriment du ministre socialiste Radi ?


Driss Dahhak [ Le consensuel ]
(Secrétaire général du gouvernement)

Le nouveau secrétaire général du gouvernement est un homme de droit qui a longtemps circulé dans les arcanes du pouvoir. Membre de l’Académie du royaume, il a été premier président de la Cour suprême, après avoir occupé le poste de directeur de l’Institut national d’études judiciaires. Dahhak est aussi membre de plusieurs commissions et organisations au Maroc comme à l’international, notamment en matière de droit maritime, de droits de l’homme et d’environnement. L'homme a même eu une (courte) carrière diplomatique en tant qu'ambassadeur du Maroc à Damas. Homme de consensus, il aura la mission d’assurer le bon fonctionnement du travail gouvernemental, notamment en coordonnant la préparation des projets de loi. Une fonction de l’ombre qui, depuis le décès, cet été, de Abdessadek Rabiî, réclamait un homme discret et bûcheur. Le poste est désormais pourvu. Aujourd’hui, Dahhak récolte les fruits d’une longue carrière placée sous le signe de la tempérance. Certains juristes attentifs déplorent cependant une incompatibilité entre les deux postes qu’il occupe successivement à la Cour suprême puis désormais au secrétariat général du gouvernement : pour la première fois, le plus haut représentant (hormis le roi) de l’autorité judiciaire passe du côté de l’exécutif. Un signe de plus de la mise sous tutelle du “pouvoir judiciaire” ?



Maroc-France.
À bouderie royale, câlin présidentiel


La presse française n’a pas manqué de relever l’absence de Mohammed VI au sommet de l’Union pour la Méditerranée, voulue par le président Nicolas Sarkozy. Chacun y est allé de sa petite explication. Le Canard enchaîné a consacré une de ses indiscrétions de deuxième page (“La mare aux canards”) au sujet. Expliquant que le roi avait mal apprécié les concessions faites par Sarkozy au président algérien, Abdelaziz Bouteflika, l’hebdomadaire satirique concluait que “pour calmer son ami le roi, Sarko va devoir faire preuve d’imagination… Une petite centrale nucléaire, peut-être ?”. La réponse n’a pas tardé. Au moment où nous mettions sous presse, une rumeur insistante faisait état d’une visite privée du président français à Marrakech. Doit-il rencontrer le roi ou l’un de ses émissaires ? “Impossible de le savoir, nous a confié cette source généralement bien informée. Aucun élément n’a filtré sur le programme de cette visite”. En tout cas, Carlita Bruni devrait être du voyage. Offrira-t-elle un exemplaire de son dernier album au monarque, comme si de rien n’était ?

 
 
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