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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Zeghari

Jeux olympiques. Chroniques pékinoises

Hasna Benhassi, médaillée de
bronze du 800 m à Pékin.
(AFP)

Deux petites médailles, pas mal de déceptions, et un sentiment de gâchis. Récit du très discret périple chinois de la délégation marocaine.


En organisant les 29èmes Olympiades, la Chine voulait épater le reste du monde. Au niveau sportif, le pari est gagné haut la main. L'Empire du milieu s'est hissé en tête du tableau des médailles d'or, loin devant les Etats-Unis à la seconde place. Idem côté organisation : les Chinois ont suivi le cahier des charges du CIO (Comité international olympique)
avec la précision d’un automate. “Que ce soit les autorités ou les bénévoles, ils ont tous mis la main à la pâte pour rendre notre séjour agréable”, assure le journaliste sportif Abderrazak Misbah, l'un des envoyés spéciaux marocains présents. L’accueil commence à l’aéroport international de Pékin, qui a vu débarquer sur son tarmac la délégation nationale… en plusieurs vagues. Le premier groupe a débarqué le 30 juillet. À tout seigneur tout honneur, ce ne sont pas les athlètes vert et rouge qui ont ouvert le bal, mais les officiels, conduits par le patron du Comité national olympique marocain (CNOM), le général Housni Benslimane. Pas l'ombre d'un représentant gouvernemental, comme ce fut le cas de plusieurs autres pays. Les JO ne doivent pas être dignes d'un déplacement de Si Abbas…

L’hospitalité chinoise
À l’aéroport, pour éviter la cohue des touristes, des couloirs spéciaux ont été réservés aux invités des Olympiades. Une fois les formalités d’usage effectuées, nos athlètes se fraient un chemin dans la foule de supporters qui agitent des petits carnets en demandant des autographes. “Ils n’étaient pas là pour nous, précise ce membre du Comité. Ils attendaient les stars du ballon rond comme Ronaldinho ou Messi, ou encore les tennismen comme Nadal et Federer”. Pas de favoritisme en tout cas dans le traitement des sportifs. Communisme à la chinoise oblige, chaque délégation bénéficie de trois voitures, pour les officiels, et de minibus pour les sportifs. Direction : le village olympique où le général, sa cour et les athlètes logeront le temps des Olympiades. Parmi les 42 édifices que compte le “village”, certains, réservés aux groupes étoffés, comme celui des Etats-Unis, arborent le drapeau du pays. Le Maroc n'a pas cette chance, coincé entre la bâtisse de l’Inde et celle du Kazakhstan.

Le premier groupe rouge et vert prend rapidement ses marques. “Ce qui est impressionnant, c’est que malgré l’esprit hautement compétitif de l’événement, les sportifs de toute nationalité se sont vite liés d’amitié”, nous raconte ce membre du Comité. Ceux qui ont roulé leur bosse, comme le pugiliste Tahar Temsamani, (ndlr, médaillé de bronze à Athènes, en 2004), continuent de recevoir des congratulations quatre ans après être montés sur le podium. Hasna Benhassi, qui a fini deuxième au 800 mètres à Athènes, retrouve d'anciennes connaissances, et les nouveaux participants font régulièrement le premier pas vers leurs confrères étrangers.

En attendant la cérémonie d’ouverture, la polyclinique du village, forte de ses 17 spécialités, soigne les premiers bobos. Les contrôles et les vieilles blessures sont traités à la médecine chinoise. “Tout est gratuit, même pour les journalistes et les membres des fédérations, les médecins chinois sont aux petits soins à toute heure du jour ou de la nuit”, affirme Misbah.

Idem pour le restaurant. Gratuit et ouvert 24 heures sur 24. Dans l’immense réfectoire, le canard laqué côtoyait le steak frites, tous deux affublés de leur fiche d'apport calorique. Et parmi le millier de mets proposés, les compositions halal et casher sont de rigueur. Nourris, logés et blanchis. Les excursions touristiques sont aussi gracieusement offertes par le comité d’organisation. Entre la découverte de la Muraille de Chine et la Cité interdite, les athlètes marocains ont pu dépenser l’argent de poche octroyé par le CNOM pour leurs emplettes au marché de Pékin. “Les compagnies aériennes étaient très strictes sur le poids des bagages, sinon, nous aurions dévalisé les boutiques de vêtements et de montres made in China”, nous confie cet encadreur. Et d’ajouter : “Tous les produits étaient les imitations de grandes marques, mais elles étaient vraiment bien faites. C’est dur de ne pas céder à la tentation”.

La discrétion marocaine
L’organisation des Jeux, elle, était conforme aux standards internationaux. Des navettes quittent régulièrement le village pour le stade d’entraînement ou le stade olympique. Dans les artères de la capitale de l’Empire du milieu, des minibus empruntent les voies qui sont réservées au transport “officiel” des jeux. Les premiers arrivés n’ont pas de mal à trouver des places. Car des bus, il y en a toutes les 5 minutes. Les autorités chinoises ont même interdit la circulation d’un million de véhicules de sociétés pour éviter les bouchons et réduire la pollution. Sur place, les présidents des fédérations et les membres du CNOM se font discrets. Les supporters nationaux n’étant pas présents en masse, les athlètes se soutenaient entre eux. “À part un déjeuner organisé par le ministère de la Jeunesse et des Sports à l’ambassade, il n’y avait aucune cohésion dans la délégation, assure ce journaliste sportif. Tout le monde était dispersé, l’esprit de groupe était quasi inexistant”. Ceci malgré les quelques photographies du général Benslimane aux côtés des boxeurs (éliminés) et le traditionnel coup de fil royal pour féliciter la médaille de bronze de Hasna Benhassi et celle d’argent de Jaouad Gharib. “Le soutien dû aux athlètes est resté malheureusement très superficiel, déplore notre source. Il fallait se manifester plus tôt…”. Résultat : la prestation marocaine, qui a fait à peine mieux que l’Afghanistan et moins bien que l’Azerbaïdjan, ne restera pas dans les annales. Privé de grands champions comme Aouita ou El Guerrouj, le royaume semble se contenter de faire acte de présence. Faisant sienne la devise de Pierre De Coubertin : “L’essentiel, c'est de participer”.



Rachid Ramzi. Le champion n’était pas marocain

Le 1500 mètres, c’était l’épreuve phare du dernier champion olympique marocain et accessoirement recordman du monde, Hicham El Guerrouj. Pour cette édition, beaucoup de supporters attendaient un exploit de Abdelâati Iguider, médaillé d’or aux championnats du monde junior en 2004. Mais ce sera le Bahreïni d'adoption, Rachid Ramzi, coureur originaire de Safi, qui sera sacré roi de la discipline à Pékin. Comme il s'échine à le répéter, ce n’est pas par manque de patriotisme que Ramzi a choisi de représenter le royaume moyen-oriental, mais plutôt pour la considération que ce pays lui a porté. En 2000, Rachid souffre d’une blessure à la cuisse. La Fédération suspend alors son salaire de 500 dirhams et refuse de financer les 20 000 dirhams que nécessite l’opération pour le remettre sur pied. Ce sont les dinars bahreïnis qui la financeront et les autorités de ce pays lui feront miroiter un poste dans leur armée, payé 7500 dollars par mois. Le choix est facile à faire. Rachid Ramzi accepte, en contrepartie, de mouiller le maillot rouge et blanc. Et il le fait bien. Les médailles s’enchaînent : l’or au 1500 mètres des championnats du monde d’Helsinki en 2005, suivi de l’argent à celui d’Osaka en 2007, avant le sacre olympique de cette année. Ironie du sort, c'est Hicham El Guerrouj, légende de la distance, qui lui accroche la médaille d’or au cou. Le champion était marocain, sur le passeport, pas sur le tableau des médailles. Maigre consolation…

 
 
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