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N° 337
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Mehdi Sekkouri Alaoui

Révélations.
Mustapha Adib : Le héros fatigué

(AFP)

Après ses révélations sur des aides financières réclamées à Moulay Hicham et Driss Basri, l’ex-militaire, icône de la lutte anti-corruption, a l’intention de porter plainte contre d’éminentes personnalités marocaines. Explication.


“J’ai procédé à des démarches pour déposer plainte contre plusieurs personnalités marocaines, civiles et militaires, devant des juridictions à Paris, Bruxelles, Londres et Madrid”, annonce sur un ton mystérieux Mustapha Adib, dans un communiqué daté du 29 août. L’ancien
capitaine des FAR (qui reste pour le moment discret sur l’identité de ces fameuses personnalités) explique ses motivations : “Cela fait dix ans que j’attends un geste de bonne volonté de la part du Maroc, mais je n’ai rien vu venir. Aujourd’hui, je n’ai plus rien à perdre”.

Moulay Hicham et Si Driss
Mustapha Adib ne s’est pas contenté d’annoncer ses dépôts de plainte. Quelques jours plutôt, il rendait publique, dans un premier communiqué, une information qui a eu l’effet d’une bombe : “Récemment et suite à ma demande, j’ai été soutenu par le prince Moulay Hicham pour un montant égal au quart de ce qu’il m’avait promis pour (re)démarrer une vie sereine”. Et d’ajouter : “Avant Moulay Hicham, Si Driss (Driss Basri) m’avait promis lui aussi une aide financière à Paris, ainsi que des interventions auprès de l’Union Européenne… Mais ce n’est pas étonnant de sa part : il est mort sans tenir parole”.

Les deux révélations ont valu à l’intéressé les foudres de certains médias locaux, qui se sont empressés de crier à la manipulation et au complot orchestré par le cousin de Mohammed VI et l’ancien ministre de l’Intérieur. Les sorties de Mustapha Adib n’ont pas manqué non plus de susciter des interrogations dans les milieux droit-de-l’hommistes marocains. “Comment cet homme, qui est un symbole de la résistance au Makhzen, a-t-il pu tendre la main aux produits de ce même Makhzen : le cousin de Mohammed VI et l’ancien vizir de Hassan II ?”, entend-on ici et là. “J’étais dans une situation financière difficile, j’avais besoin d’aide, voilà tout”, répond simplement l’ex-militaire à ses détracteurs, ajoutant que son choix s’est porté sur Moulay Hicham : “Je le respecte pour ses idées, et aussi parce qu’il est connu pour apporter son aide à ceux qui sont dans le besoin. Quant à Driss Basri, ce sont des militants de droits de l’homme qui m’ont conseillé d’aller vers lui. M’aider aurait été pour lui une manière de se racheter des années de plomb”. Adib avait-il promis une quelconque contrepartie à cette aide financière ? “Pas du tout, on ne m’a rien demandé en retour”, insiste-t-il, ajoutant qu’il a “tenu à tout déballer aujourd’hui pour informer l’opinion publique”. “Vous pouvez être surs qu’il n’y a aucun calcul politique derrière mes sorties”, assure-t-il.

Dix ans de galère
Mustapha Adib tient donc à célébrer à sa manière ses “dix ans de galère”. À l’origine de cette descente aux enfers, une lettre envoyée en 1998 au numéro 2 de la hiérarchie militaire, le prince héritier Sidi Mohammed. Ce fringant et idéaliste officier des FAR y dénonce un trafic de carburant orchestré par un lieutenant-colonel de sa base. Du coup, une enquête est ouverte, le coupable et ses complices sont envoyés en prison et radiés de l’armée. Commence alors une longue traversée du désert pour le jeune capitaine qui doit subir les représailles de ses frères d’armes et surtout de ses supérieurs, qui n’ont pas apprécié qu’il brise l’omerta qui règne dans la grande muette. Lassé par le calvaire qu’il vit au quotidien, il décide de s’en ouvrir au quotidien français Le Monde, dans lequel il dénonce la corruption au sein de l’institution militaire. Une sortie qu’il lui vaudra de passer deux ans et demi en prison et d’être radié pour “outrage à l’armée” et “violation de consignes militaires”. À sa libération en 2002, l’ex-capitaine, devenu entre-temps un symbole de la lutte contre la corruption, découvre que tout a été mis en place pour le garder en marge de la société. “Malgré mon diplôme d’ingénieur, personne ne voulait m’embaucher. La plupart des entreprises de la place ne répondaient même pas à mes appels”, explique celui qui croit savoir que “les services ont fait passer le message pour qu’on ne me recrute pas”. À défaut de trouver un job, Mustapha Adib tente de se lancer en politique. Mais là aussi, la déception est au rendez-vous. “Je devais me présenter aux élections avec la Gauche socialiste unifiée (le PSU aujourd’hui, NDLR), mais je ne me suis pas mis d’accord avec les dirigeants du parti”. Se sentant comme un pestiféré dans son propre pays, Mustapha Adib décide de tenter sa chance ailleurs. Il débarque en France en 2003 pour reprendre ses études au sein de la prestigieuse Ecole nationale supérieure des télécoms (ENST). “Ma mère a dû vendre sa maison pour m’aider dans ce projet”, affirme-t-il. Mais même avec un énième diplôme en poche, et tout aussi prestigieux soit-il, la chance continue à bouder l’ancien militaire, qui se retrouve contraint à vivoter entre stages, petits boulots et chômage. “J’ai été jusqu'à faire les vendanges pour survivre, lance-t-il, amusé. Même en France, je n’ai pas pu trouver un emploi. La plupart des grandes entreprises ont des intérêts au Maroc, qu’elles ne tiennent pas à mettre en danger”. Il est loin, loin, le temps où le capitaine, tel un héros des temps modernes, symbolisait presque à lui seul la résistance anti-Makhzen. Si le mythe ne s'est pas encore effondré, il a bien été écorné…



[Exclusif] Moulay Hicham à TelQuel
“J’ai aidé Adib, mais...”

“Mustapha Adib m’a contacté par téléphone en 2007 pour me demander de l’aider financièrement à parfaire sa formation. J’ai bien entendu accepté. Les circonstances le permettant, il est dans mes habitudes d’aider les jeunes qui sont dans le besoin, ou qui poursuivent leurs études, ou, enfin, des personnes qui sont dans des urgences médicales. Je continuerai à le faire quels que soient les désagréments que cela puisse provoquer. Je comprends qu’un jeune officier, comme d’autres jeunes, soit interpellé par l’injustice et qu’il ressente le sentiment du devoir. Les conditions dans lesquelles on peut agir, d’une manière ou d’une autre, quand on porte l’uniforme ont toujours été sujet à débat. Mais à partir du moment où il a quitté l’uniforme, j’ai estimé que la cause de M. Adib était juste et digne de soutien, tout en pensant que c’était à lui de trouver les modalités de son action. Et dès lors que la monarchie, pièce centrale de notre édifice politique, fait elle-même l’objet d’analyses et de revendications dans le sens de la réforme, comment certains secteurs peuvent-ils prétendre que l’institution militaire ne doit pas faire l’objet d’un traitement similaire ? Les déclarations de Mustapha Adib s’expliquent sans doute par la déception et la frustration. Mais quant on vit pour ses convictions, on ne doit pas attendre une réponse réconfortante de la part de la société. Militer est indispensable au bien-être de notre société, mais c’est ingrat, et cela, on doit l’accepter. Toutes les dérives nous guettent, de la compromission aux excès en tous genres, la tâche (difficile et indispensable) étant de persister fermement dans la voie choisie. Pour ce qui concerne ses déclarations précises sur moi-même, il donne aussi le sentiment qu’il veut en découdre avec le “système’’ en privilégiant certains registres. Je constate, par ailleurs mais sans surprise, que tout refait surface avec une machination ancienne, avancée par certains lobbys, sur le thème du complot”.

 
 
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