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Par Mehdi Sekkouri Alaoui
Révélations.
Mustapha Adib : Le héros fatigué
Après ses révélations sur des aides financières réclamées à Moulay Hicham et Driss Basri, lex-militaire, icône de la lutte anti-corruption, a lintention de porter plainte contre déminentes personnalités marocaines. Explication.
Jai procédé à des démarches pour déposer plainte contre plusieurs personnalités marocaines, civiles et militaires, devant des juridictions à Paris, Bruxelles, Londres et Madrid, annonce sur un ton mystérieux Mustapha Adib, dans un communiqué daté du 29 août. Lancien |
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capitaine des FAR (qui reste pour le moment discret sur lidentité de ces fameuses personnalités) explique ses motivations : Cela fait dix ans que jattends un geste de bonne volonté de la part du Maroc, mais je nai rien vu venir. Aujourdhui, je nai plus rien à perdre.
Moulay Hicham et Si Driss
Mustapha Adib ne sest pas contenté dannoncer ses dépôts de plainte. Quelques jours plutôt, il rendait publique, dans un premier communiqué, une information qui a eu leffet dune bombe : Récemment et suite à ma demande, jai été soutenu par le prince Moulay Hicham pour un montant égal au quart de ce quil mavait promis pour (re)démarrer une vie sereine. Et dajouter : Avant Moulay Hicham, Si Driss (Driss Basri) mavait promis lui aussi une aide financière à Paris, ainsi que des interventions auprès de lUnion Européenne
Mais ce nest pas étonnant de sa part : il est mort sans tenir parole.
Les deux révélations ont valu à lintéressé les foudres de certains médias locaux, qui se sont empressés de crier à la manipulation et au complot orchestré par le cousin de Mohammed VI et lancien ministre de lIntérieur. Les sorties de Mustapha Adib nont pas manqué non plus de susciter des interrogations dans les milieux droit-de-lhommistes marocains. Comment cet homme, qui est un symbole de la résistance au Makhzen, a-t-il pu tendre la main aux produits de ce même Makhzen : le cousin de Mohammed VI et lancien vizir de Hassan II ?, entend-on ici et là. Jétais dans une situation financière difficile, javais besoin daide, voilà tout, répond simplement lex-militaire à ses détracteurs, ajoutant que son choix sest porté sur Moulay Hicham : Je le respecte pour ses idées, et aussi parce quil est connu pour apporter son aide à ceux qui sont dans le besoin. Quant à Driss Basri, ce sont des militants de droits de lhomme qui mont conseillé daller vers lui. Maider aurait été pour lui une manière de se racheter des années de plomb. Adib avait-il promis une quelconque contrepartie à cette aide financière ? Pas du tout, on ne ma rien demandé en retour, insiste-t-il, ajoutant quil a tenu à tout déballer aujourdhui pour informer lopinion publique. Vous pouvez être surs quil ny a aucun calcul politique derrière mes sorties, assure-t-il.
Dix ans de galère
Mustapha Adib tient donc à célébrer à sa manière ses dix ans de galère. À lorigine de cette descente aux enfers, une lettre envoyée en 1998 au numéro 2 de la hiérarchie militaire, le prince héritier Sidi Mohammed. Ce fringant et idéaliste officier des FAR y dénonce un trafic de carburant orchestré par un lieutenant-colonel de sa base. Du coup, une enquête est ouverte, le coupable et ses complices sont envoyés en prison et radiés de larmée. Commence alors une longue traversée du désert pour le jeune capitaine qui doit subir les représailles de ses frères darmes et surtout de ses supérieurs, qui nont pas apprécié quil brise lomerta qui règne dans la grande muette. Lassé par le calvaire quil vit au quotidien, il décide de sen ouvrir au quotidien français Le Monde, dans lequel il dénonce la corruption au sein de linstitution militaire. Une sortie quil lui vaudra de passer deux ans et demi en prison et dêtre radié pour outrage à larmée et violation de consignes militaires. À sa libération en 2002, lex-capitaine, devenu entre-temps un symbole de la lutte contre la corruption, découvre que tout a été mis en place pour le garder en marge de la société. Malgré mon diplôme dingénieur, personne ne voulait membaucher. La plupart des entreprises de la place ne répondaient même pas à mes appels, explique celui qui croit savoir que les services ont fait passer le message pour quon ne me recrute pas. À défaut de trouver un job, Mustapha Adib tente de se lancer en politique. Mais là aussi, la déception est au rendez-vous. Je devais me présenter aux élections avec la Gauche socialiste unifiée (le PSU aujourdhui, NDLR), mais je ne me suis pas mis daccord avec les dirigeants du parti. Se sentant comme un pestiféré dans son propre pays, Mustapha Adib décide de tenter sa chance ailleurs. Il débarque en France en 2003 pour reprendre ses études au sein de la prestigieuse Ecole nationale supérieure des télécoms (ENST). Ma mère a dû vendre sa maison pour maider dans ce projet, affirme-t-il. Mais même avec un énième diplôme en poche, et tout aussi prestigieux soit-il, la chance continue à bouder lancien militaire, qui se retrouve contraint à vivoter entre stages, petits boulots et chômage. Jai été jusqu'à faire les vendanges pour survivre, lance-t-il, amusé. Même en France, je nai pas pu trouver un emploi. La plupart des grandes entreprises ont des intérêts au Maroc, quelles ne tiennent pas à mettre en danger. Il est loin, loin, le temps où le capitaine, tel un héros des temps modernes, symbolisait presque à lui seul la résistance anti-Makhzen. Si le mythe ne s'est pas encore effondré, il a bien été écorné
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[Exclusif] Moulay Hicham à TelQuel
Jai aidé Adib, mais...
Mustapha Adib ma contacté par téléphone en 2007 pour me demander de laider financièrement à parfaire sa formation. Jai bien entendu accepté. Les circonstances le permettant, il est dans mes habitudes daider les jeunes qui sont dans le besoin, ou qui poursuivent leurs études, ou, enfin, des personnes qui sont dans des urgences médicales. Je continuerai à le faire quels que soient les désagréments que cela puisse provoquer. Je comprends quun jeune officier, comme dautres jeunes, soit interpellé par linjustice et quil ressente le sentiment du devoir. Les conditions dans lesquelles on peut agir, dune manière ou dune autre, quand on porte luniforme ont toujours été sujet à débat. Mais à partir du moment où il a quitté luniforme, jai estimé que la cause de M. Adib était juste et digne de soutien, tout en pensant que cétait à lui de trouver les modalités de son action. Et dès lors que la monarchie, pièce centrale de notre édifice politique, fait elle-même lobjet danalyses et de revendications dans le sens de la réforme, comment certains secteurs peuvent-ils prétendre que linstitution militaire ne doit pas faire lobjet dun traitement similaire ? Les déclarations de Mustapha Adib sexpliquent sans doute par la déception et la frustration. Mais quant on vit pour ses convictions, on ne doit pas attendre une réponse réconfortante de la part de la société. Militer est indispensable au bien-être de notre société, mais cest ingrat, et cela, on doit laccepter. Toutes les dérives nous guettent, de la compromission aux excès en tous genres, la tâche (difficile et indispensable) étant de persister fermement dans la voie choisie. Pour ce qui concerne ses déclarations précises sur moi-même, il donne aussi le sentiment quil veut en découdre avec le système en privilégiant certains registres. Je constate, par ailleurs mais sans surprise, que tout refait surface avec une machination ancienne, avancée par certains lobbys, sur le thème du complot. |
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