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De Nouakchott,
Abdellah Hormatallah

Mauritanie. Chronique d’un putsch annoncé

Le Général Mohamed Ould Abdelaziz,
nouvel homme fort de Nouakchott.
(AFP)

Le coup d'Etat militaire, qui a déposé le président élu, Mohamed Ould Cheikh Abdellah, est le résultat d'une crise politique qui dure depuis le renversement de Ould Taya. Explications.


Le 6 août dernier, les militaires ont remis ça. Le premier président démocratiquement élu en Mauritanie a été destitué après avoir démis de leurs fonctions certains hauts gradés. Après la mainmise des militaires et des forces de sécurité sur le pouvoir, à travers un putsch “pacifique”, un Conseil supérieur d’Etat a été immédiatement constitué
et placé sous les ordres du général Mohamed Ould Abdelaziz, ancien chef de la garde rapprochée du président en exercice et principal instigateur du coup d’Etat de 2005, qui a envoyé en exil Ould Taya après vingt ans de pouvoir absolu.

Le Conseil supérieur d’Etat, constitué de 12 officiers supérieurs, a aussitôt émis une charte constitutionnelle lui permettant d’exercer les prérogatives dévolues au président, telles que décrites dans la Constitution mauritanienne. Ainsi donc, une session extraordinaire du Parlement, auparavant interdite par le président déchu, a été convoquée d’urgence. Durant les trois mois précédant le putsch, le pays avait connu une grave crise politique, unique en son genre depuis la création de la république de Mauritanie : un président dénoncé par sa propre majorité, qu’il a lui-même formée après son accession au pouvoir, une institution militaire qui attendait sa part du gâteau, et une opposition qui se tâte, hésitant entre les deux pôles et rêvant elle aussi d'accéder au pouvoir.

Un président “désigné”
La période transitoire 2005/2007, survenue après le renversement de Ould Taya, a été marquée par un climat délétère où la classe politique, aussi bien la majorité que l’opposition, n’arrivait pas à se situer par rapport à l’exercice de la démocratie. Un président sans majorité élue, un Parlement présidé par un parti minoritaire, une opposition déchirée par les coalitions hasardeuses et un gouvernement dirigé par l'un des symboles de l’ère Ould Taya.

Le jeu politique a été déstabilisé par un président qui a tourné le dos à sa majorité et des proches de Ould Taya toujours en exercice. La majorité a donc refusé qu’il change le programme préétabli, et les intérêts des uns et des autres ne croisaient pas forcément ceux de l’institution militaire, elle qui a été à l’origine de l’élection du président déchu.

Le choix de Mohamed Ould Cheikh Abdellah comme candidat aux présidentielles de 2007 par les membres du Conseil militaire de la justice et de la démocratie (qui avait renversé Ould Taya) n’était pas fortuit. Il était le candidat du compromis. Mais le président "désigné", comme le nomment des députés indépendants (qui allaient par la suite constituer sa majorité), va confier le volet sécuritaire aux officiers qui l’ont aidé à briguer le pouvoir, après les avoir promus généraux. Ainsi installés, ces derniers vont faire main basse sur les institutions militaires et sécuritaires, laissant au président et à sa majorité les prérogatives matérielles de la marche du gouvernement. Les différends entre le président et ses généraux ne tarderont pas à se manifester dès les premiers mois de la présidence, après qu’il a libéré des prisonniers salafistes qui croupissaient en prison depuis des années sans jugement. Il ira même jusqu'à les recevoir au palais présidentiel et les autoriser à se constituer en parti politique, chose qui leur avait toujours été refusée. Sur le volet social, la situation n’est pas plus brillante. La "révolte des affamés" de l’été 2007 est réprimée dans le sang, avec l’aval du président, et laissera un mort et des dizaines de blessés… La place politique bouillonne suite à ces événements et rappelle aux différents acteurs la situation explosive des années 1990 et le renoncement déclaré à l’esprit de dialogue qui avait prévalu depuis 2005.

La volte-face de Ould Cheikh Abdellah
La machine se grippe quand le président décide de fonder son propre parti politique, baptisé “Adil”, confiant cette tâche à certains de ses proches collaborateurs, issus du même tissu social et qu’il a fait venir du Niger où il exerçait sa dernière mission pour la Caisse koweïtienne du développement avant son retour définitif en Mauritanie. La majorité n’a pas manqué l’occasion de le mettre en garde contre leur marginalisation dans le futur parti. En vain.

Dans une initiative surprise, Ould Cheikh Abdellah va démettre le gouvernement des “promesses électorales”, et désigner comme Premier ministre le chef de son nouveau parti, avec pour mission de constituer un nouveau gouvernement d’où sera absente la majorité, mais incluant l’opposition islamiste et communiste. En réaction à cette décision, la majorité parlementaire décide de retirer sa confiance au nouveau gouvernement, revendiquant son droit à une participation à la hauteur de sa représentation au Parlement. Mais le président s’entête et ignore sa propre majorité, qu’il juge manipulée par certains politiques aux intérêts individuels, allant jusqu’à menacer de dissoudre le Parlement si les députés ne revoyaient pas leur copie. Mais l'insistance des parlementaires de la majorité va gagner à leur cause les membres de l’opposition et la sympathie de la rue, après que le président les a écartés avec l’appui de certains lobbies proches de Ould Taya, qui vont le défendre mordicus après l’avoir assis dans le fauteuil suprême. La pression est telle que Ould Cheikh Abdellah fait machine arrière et accepte la démission du gouvernement désigné, non sans avoir confié au même Premier ministre la constitution d’une nouvelle équipe. Cette initiative désespérée va pousser les parlementaires à demander une session extraordinaire du Parlement, ce que rejette le gouvernement sous prétexte de non-respect des procédures législatives… Le président persiste et signe. Il démet des officiers militaires et sécuritaires de leurs fonctions, les accusant de connivence avec les parlementaires. Après le désistement de l’armée au profit des civils, il était impératif que la république puisse mettre à nouveau en confiance l’élite militaire capable de réorganiser l’armée sur des bases plus équitables pour en faire la garante des institutions, mais sans ingérence dans la vie politique du pays. Le manque d’expérience de cette élite va générer une vraie crise avec la classe politique, surtout en relation avec le dossier de “l’héritage humanitaire”, que l’armée propose de résoudre politiquement, à la marocaine ou à la sud-africaine, afin que la participation de l’armée dans l’exercice du pouvoir soit inéluctable.



Confidences. Le rôle du Maroc

L’ambassadeur marocain à Nouakchott a joué, aux côtés de l’ambassadeur français, un rôle primordial dans la réconciliation entre le président déchu et les généraux d’un côté, et les députés mécontents.
Mohamed Yassine Mansouri, directeur de la DGED, a été la première personnalité étrangère à visiter officiellement la Mauritanie après les putschs du 3 août 2005 et du 6 août 2008, et à demander la libération du président et du Premier ministre ainsi que de toutes les personnes arrêtées dans leur sillage. Le Maroc a aussi fait jouer son influence africaine afin de calmer les esprits chez les voisins sénégalais, qui ont signifié leur rejet du récent putsch. Le royaume a également observé une certaine réserve vis-à-vis des différents régimes qui se sont succédé en Mauritanie depuis le renversement de Ould Daddah. La première tentative de renversement de Ould Haïdallah, le 16 mars 1981, orchestrée par l’Union pour une Mauritanie démocratique, trouve son appui au Maroc. Les putschistes se sont rendus en Mauritanie, via le Sénégal, avec des passeports marocains et des armes transférées sous protection diplomatique. Durant l’ère Ould Taya (1984/2005), les relations ne se sont guère améliorées, l’ancien président reprochant à Hassan II son soutien au Sénégal dans le conflit frontalier qui opposait les deux pays. Le défunt roi avait alors qualifié la Mauritanie de “pays voisin” et le Sénégal de “pays ami”. Mohammed VI devait se rendre en Mauritanie, en visite officielle, la deuxième du genre depuis son accession au trône. Les préparatifs de cette visite ne se sont pas déroulés sans encombres, allant jusqu’à provoquer des tensions entre le président et son Premier ministre. Le protocole présidentiel va réquisitionner la résidence du Premier ministre pour loger le roi… sauf que celui-ci décide d’annuler sa visite à la dernière minute. La résidence attend, à cette heure, son illustre hôte.

 
 
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