ZB aime son pays. Pas à cause de la politique des barrages, ni à cause du rap patriotique.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Tout l'été, Zakaria Boualem s'est posé la même question. Privé de sa page hebdomadaire parce que ces paresseux de journalistes étaient fatigués, il n'a pas pu vous associer à sa réflexion. Hamdoullah, c'est fini. Vous êtes là, enfin. Alors, sans plus attendre, voilà la question : avez-vous remarqué, cher lecteur, cette étonnante poussée patriotique qui s'est emparée des Marocains ? Cette prolifération soudaine de rap patriotique indigeste sur les ondes ? Ce déploiement de drapeaux sur les scènes des festivals ? Cette façon de répéter régulièrement : Nous sommes des Marocains, comme si on avait peur d'être pris pour des Russes ? Cette manie d'ajouter juste après : Et nous sommes fiers d'être marocains, comme si on y était pour quelque chose. Signalons au passage qu'un nombre non négligeable de ces fiers Marocains, si on leur donnait le choix, opteraient sans hésiter pour un passeport suédois. Comme personne, et surtout pas les Suédois, ne leur propose de passeport, la question ne se pose pas, et merci.
Donc nous sommes devenus, en cet été 2008, furieusement patriotes. Le Maroc, dans son immense majorité, a cru bon d'affirmer avec force sa marocanité. Pourquoi ? Est-ce le changement de carte nationale qui |
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sème la confusion dans les esprits ? A-t-on gagné une Coupe du Monde cet été sans que Zakaria Boualem ne soit mis au courant ? Il fut un temps ou le patriotisme d'Etat était commandé par le système : les immigrés étaient considérés comme des traîtres, les journaux se devaient de relayer la pensée officielle, les chanteurs étaient sommés de chanter la grandeur de la politique des barrages - rappelons que cette dernière n'avait rien à voir avec l'hydraulique, elle consistait en fait à bloquer toute forme d'intelligence.
Aujourd'hui, franchement, c'est moins tendu. Personne ne demande à un chanteur de s'exhiber avec le drapeau national comme s'il allait lancer une nouvelle Marche Verte, là, tout de suite, au pied de la scène. Alors pourquoi ? Sans doute parce qu'un autre l'a fait avant lui, et qu'il se dit qu'il aura l'air d'un infâme félon s'il ne l'imite pas. Du coup, c'est la surenchère. Si le premier agite le drapeau, le second se drape dedans. Le troisième, vexé, compose un couplet sur la grandeur du royaume et le quatrième consacre au même sujet un album entier pour avoir le dernier mot. Fatalement, ça devient un peu indigeste, et le tout donne un aspect un peu 70's à la production actuelle, les beat hip hop se contentant de remplacer les violons des pionniers du genre. Ensuite, le public prend le relais. Il est comme ça, le public : quand il a l'impression de comprendre ce qu'on attend de lui, il fonce tête baissée. Un peu par gentillesse, un peu par suivisme, surtout par manque d'imagination. Du coup, on exhibe des drapeaux dans les mariages, comme s'il s'agissait d'une conquête militaire. À ce rythme, il est probable qu'on assiste à des scènes un peu surréalistes. Imaginez un instant une famille investissant Marjane le drapeau à la main, déclamant à pleins poumons manbit al ahrar au milieu du rayon fruits et légumes, avant de sélectionner les courgettes de son choix. Cela n'a rien d'impossible
Zakaria Boualem aime son pays. Pas parce qu'on le lui a demandé, pas à cause de la politique des barrages, et encore moins à cause du rap patriotique. Non, il aime son pays à cause des quelques petites choses qu'on a chez nous et qui lui semblent mériter tout son amour. Entre autres la cuisine, les rythmes, l'humour noir et les seddaris. Il y a aussi plein de trucs qui l'énervent, alors il grogne avec créativité. Et il se trouve que c'est précisément quelque chose qu'il apprécie, le fait de pouvoir grogner à volonté. C'est un truc qui nous sauve de l'affreux patriotisme premier degré de nos voisins lointains, les arabes. Zakaria Boualem espère que cette petite touche marocaine ne va pas disparaître sous les assauts pénibles du rap patriotique. |