N° 379
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

INTERVIEW. "Lemerre n’y est pour rien…"
COMMUNALES. Le choc des mairies
Grippe A H1N1. “Nous contrôlons la situation”
L'ACTU MAROC



Par Mohammed Boudraham

COMMUNALES. Le choc des mairies
Un militant du PJD proteste contre la réélection du président du conseil de la ville de Casablanca. (TNIOUNI)

Calculs et pressions politiques, alliances qui se font et se défont… l’élection des présidents des conseils de ville n’a pas été une partie de plaisir, surtout pour les deux gros calibres de la politique nationale : le PAM et le PJD.


La nouvelle coqueluche du Parti authenticité et modernité ne s’appelle plus Kaoutar Benhammou, heureuse candidate à Bouknadel, mais Fatima Zohra Mansouri. Cette avocate, spécialiste en droit commercial, a été élue maire de Marrakech en début de semaine. En battant le
maire sortant, Omar Jazouli, par 54 voix contre 36, elle est devenue la première femme présidente d’un conseil de ville au Maroc. Une victoire arrachée de haute lutte puisque le PAM a émis un communiqué condamnant l’agression des membres de son alliance marrakchie par des individus munis de fusils et de munitions. Certains ont même été arrêtés par la police.
Le parti de Si Fouad a également créé la surprise à Tanger en brisant l’alliance qui s’était formée autour du candidat RNI, Youssef Benjelloun. A l’issue d’un vote marathonien de trois tours, c’est finalement Samir Abdelmoula, homme d’affaires de 37 ans (le plus jeune maire du Maroc), qui remporte la ville du détroit. Comment a-t-il fait, alors que la liste PAM n’a obtenu que 7 sièges sur 83 à Tanger ? “Allez demander à ceux qui disent avoir subi des pressions d’en haut”, s’emporte le député PJD, Mohamed Najib Boulif. Selon le parti islamiste, ce genre de “pression” est loin d’être une exception tangéroise. “Fouad Ali El Himma pratique du terrorisme politique. C’est un éradicateur qui porte atteinte à la démocratie et à tous les partis politiques réunis. Nous comptons d’ailleurs saisir Sa Majesté pour mettre fin à ces pratiques scandaleuses”, a affirmé Abdelilah Benkirane, secrétaire général du PJD, lors d’une conférence de presse improvisée en début de semaine dernière à Rabat.

Sajid allié au PAM
C’est qu’à partir de lundi 22 juin, le parti islamiste a vu toutes ses alliances voler en éclats. D’abord à Tanger, puis à Casablanca, où le maire sortant Mohamed Sajid, décide, quelques heures seulement avant le vote, de changer de coalition, préférant le tracteur du PAM à la lampe du PJD. “Sajid m’a personnellement confié avoir subi des pressions qui le dépassaient”, a indiqué Mustapha Ramid, élu islamiste à Casablanca. Le lendemain matin, une photo fait le tour des rédactions. On y voit Fouad Ali El Himma et Ali Belhaj (PAM), en grande discussion avec Karim Ghellab et Yasmina Baddou (Istiqlal) au domicile casablancais de Mohamed Sajid. “C’est là où tout s’est joué. Fouad Ali El Himma a personnellement tenu à convaincre Sajid que son alliance avec les islamistes n’était pas bien vue en haut lieu”, déclare-t-on au sein du PJD. Le maire sortant de Casablanca est donc reconduit haut la main par 83 élus sur 115 voix exprimées. Mais le feuilleton casablancais ne s’arrête pas là. Le PJD, qui a boycotté le vote pour le président du conseil, revient en force pour l’élection du bureau. Et là, surprise : le parti islamiste décroche la vice-présidence du conseil de la ville de Casablanca. Qu’est ce à dire ? “Ce n’est que le résultat de la perversion du jeu démocratique, explique un dirigeant islamiste. Le principal opposant du président du conseil est paradoxalement son premier adjoint. C’est malheureux pour la ville, mais c’est le PAM qui est responsable de ce genre de situation absurde”.
Le même scénario se répète à Salé. Dès la proclamation des résultats, le PJD et l’Istiqlal annoncent leur volonté de briguer, ensemble, la présidence du conseil. Les noms du Pjdiste Jamaâ Moâtassim et de l’Istiqlalien Moncef Aouad circulent comme potentiels successeurs de l’homme à abattre : Driss Sentissi, candidat MP. Mais les divergences au sein de la famille istiqlalienne servent les intérêts du RNI et Noureddine Lazrak, pharmacien de profession, qui s’empare du poste dans cette ville-bastion du PJD. Candidat unique, il rafle 83 voix. Allez savoir pourquoi et comment. A Témara, c’est un autre putsch qui a “zappé” le PJD de la présidence de la commune. Menés par le maire sortant, le député Moh Rejdali, les islamistes étaient sûrs de revenir aux affaires. Sauf que c’est le Haraki Mohamed Mellouki qui l’emporte. Mais les conseillers PJD menacent de recourir à la justice.

Mini-sacre rbati pour le PJD
La formation de Benkirane serait-elle à ce point non indiquée pour la gestion des affaires locales ? Le Palais a-t-il réellement donné des consignes contre le parti islamiste ? “Nous n’avons jamais dit cela, a expliqué Benkirane lors de sa conférence de presse. Des responsables du PAM terrorisent certains élus en parlant au nom de l’Etat”. Abdelwahid Khouja, membre du bureau politique du PAM, balaye toutes ces attaques. “Ce ne sont que des supputations. Nous sommes un parti politique qui n’a jamais caché son ambition de faire barrage au projet politique islamiste et nous le faisons avec des moyens légaux et sans recourir à ce genre d’arguments fantaisistes”, a t-il répondu sur 2M, lors de l’émission Tayyarate.
A partir de mardi 23, le PJD reprend du poil de la bête et “bétonne” ses dernières coalitions. A commencer par celle, décisive, de la capitale. A Rabat, les islamistes opèrent un choix tactique en se retirant de la course à la mairie en faveur d’un candidat USFP : Fathallah Oualalou. Objectif : barrer la route au maire sortant Omar Bahraoui, soutenu par la coalition PAM. Pari réussi puisque l’ancien ministre socialiste des Finances remporte la course à la présidence du conseil de la capitale par 47 voix contre 37. Quelques heures après, Abdelilah Benkirane rend une visite de courtoisie à Abdelouahed Radi, scellant ainsi une nouvelle alliance (longtemps convoitée) entre les deux formations. Fort du “mini-sacre” de Rabat, le PJD se lance à l’assaut de Kénitra, qu’il remporte haut la main grâce à Abdelaziz Rebbah, ancien patron de la jeunesse islamiste. Plus au sud, à Agadir, une autre alliance a fièrement résisté à la déferlante PAM. Malgré les pressions exercées par le wali, le maire USFP sortant, Tarik Kabbaj, a rempilé grâce (encore une fois) au soutien du PJD, et dans une moindre mesure, de l’Istiqlal. “L’USFP et le PJD considèrent aujourd’hui le PAM comme un ennemi commun et cherchent à lui barrer la route. Cela fait les affaires de l’USFP qui reprend ainsi des couleurs après ses multiples mésaventures électorales. Mais également du PJD, dont le secrétaire général n’a jamais caché son attirance pour le parti socialiste”, analyse un observateur de la scène politique nationale.

Coup de maître de Chabat
A Fès, Hamid Chabat, le plus médiatisé des maires, réussit, encore une fois, un coup de maître. Fort d’entrée de jeu des 57 voix istiqlaliennes, il lui a suffi de rafler quelques suffrages du FFD et du RNI pour s’emparer d’un deuxième mandat. En colère contre les pratiques attribuées à Chabat lors du déroulement du vote, les conseillers PAM, PJD, PPS et USFP se sont retirés, menaçant de recourir à la justice. Non loin de Fès, le ministre istiqlalien du Commerce extérieur continue à négocier la présidence de la municipalité de Sefrou avec les conseillers socialistes. Abdellatif Maâzouz, avec huit sièges, devait tirer son épingle du jeu. A quelques kilomètres de là, Meknès est finalement tombée dans l’escarcelle du PAM, qui succède ainsi au PJD, dont le maire Aboubakr Belkora a été démis de ses fonctions par le ministère de l’Intérieur.
Au final, le match PAM – PJD se termine sur un résultat pour le moins mitigé : le PAM a bien remporté Tanger, Marrakech et Meknès, mais le PJD pilote (d’une manière ou d’une autre) Rabat, Kénitra et Casablanca. Les prolongations promettent de tenir toutes leurs promesses.

Zoom. Ceux qui refusent de mourir
Sans faire trop de vagues, de célèbres figures continuent de mener leur barque. Passé inaperçu lors de la campagne électorale, Mohamed Benaïssa est toujours là. L’ex-ministre des Affaires étrangères, candidat indépendant lors de ce scrutin, a été élu pour un énième mandat à la présidence de sa commune historique d’Asilah. Le socialiste et ancien journaliste Ahmed Zaïdi ne lâche pas prise et, fort du soutien de sa tribu, rempile à la commune rurale de Cherrat, dans les environs de Bouznika. A l’autre bout du pays, c’est l’homme d’affaires Hassan Derham (USFP) qui est élu pour un deuxième mandat à la commune d’El Mersa, près de Laâyoune. Tout prédestinait également d’autres vieux routiers à revenir aux affaires dans plusieurs autres communes : le socialiste Abdelouahed Radi à Qssibiya dans le Gharb, le Rniste Mostafa Mansouri à Laroui (région de Nador) et Maâti Benkaddour, président de la deuxième chambre, à la commune rurale de Jaqma (région de Settat).

 
 
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