N° 379
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari


k.boukhari@telquel.info (DR)

La raison du plus vieux
Dans Al Massae du 25 juin, Mohamed Mjid, vieux sage de 94 ans, ancien du sport et de la politique, nous explique comment “certains n’aiment pas le PAM pour la seule raison que son fondateur est l’ami du roi”. Mjid, en bon ex-tout, qui a compris deux ou trois choses essentielles au Maroc et aux Marocains, retourne ainsi la crêpe et nous l’envoie à la figure. Il n’a pas tort. Même si sa phrase bien sentie a été brandie, d’abord, pour justifier ses déplacements aux innombrables meetings du PAM… Certains, donc, n’aiment pas le PAM à cause de l’amitié qui lie son fondateur au roi. Bien entendu, il existe d’autres
raisons de ne pas aimer le PAM. Mais celle évoquée par le vieux Mjid a le mérite de mettre le doigt là où ça fait un peu mal. Et cette raison n’est pas honteuse, rassurez-vous. Dans un pays où les pouvoirs sont concentrés entre les mains du roi, il est à peu près “normal” de considérer qu’un parti qui se proclame du roi représente une régression, plutôt qu’une avancée.


A eux la victoire
Finalement, tout s’est passé pour le mieux. Sans rire. En dehors du cirque inhérent à toutes les consultations électorales, les communales 2009 auront été un succès. Parce que deux choses : les Marocains n’ont pas boudé, aucun parti n’a contesté le décompte final. Pour le reste… Eh bien, pour le reste, il y a le PAM. Au-delà de son leadership électoral qui n’a surpris personne, le parti de qui vous savez aura réussi son grand pari : se positionner partout pour orienter, selon son gré, l’identité des maires de nos villes. Elle est là, sa victoire contre le PJD. Et on l’aurait missionné pour cela qu’il n’aurait pas procédé autrement. Le PAM a transformé le pari de la jeunesse, ou de la fraîcheur, en plaçant une jeune femme de 33 ans à Marrakech. Il a cautionné la plupart des nouveaux maires. Et à Meknès, fief des islamistes, c’est lui, le PAM, qui a remplacé le PJD. Comme un symbole.


Oulad nass
Avec le rap, il y a comme un léger malentendu. A New York, il représente la rupture. A Casablanca ou Marrakech, il tend à constituer un large front de béni-oui-ouisme. La tendance est à la hausse. Derrière le phénomène Fnaïre, d’autres petits gars se sont joints au “move” pour chanter la bonne conscience. Rap de bonne famille, rap tradi, rap beldi, rap (bon) musulman, rap propret aux antipodes du rap. Finalement. On peut se rassurer en pensant que, même aux Etats-Unis, le rock a dérapé dans les années 1980 pour accoucher de Born in the USA et finir à la Maison Blanche, pour une photo de famille avec Ronald Reagan. Au cinéma, cela a donné Rambo et bien d’autres horreurs patriotiques. Le Maroc s’éveille donc à cette “subversion” du subversif : l’art. Les rappeurs de bonne famille ont pris la parole. Ils seront suivis par des cinéastes et des écrivains Oulad nass. Prions pour qu’ils ne soient jamais les plus nombreux.


Notre presse
En Europe, et aux Etats-Unis, la presse écrite est en crise. Des titres ferment, des journalistes se retrouvent au chômage. Pourquoi ? En gros, à cause de la récession économique qui frappe de plein fouet les pays industrialisés. Et des changements dans les habitudes de consommation chez le lecteur. Les gratuits, et le Net, sont en train de tuer à petit feu la presse écrite. Mais pas toute, heureusement. Dans l’avant-dernière livraison du Courrier international, Bernard Poulet, auteur de La Fin des journaux et l’avenir de l’information (un livre intéressant, paru en février dernier chez Gallimard) livre le pronostic suivant : l’avenir appartient (seulement) à la presse dite “de niche”, aux journaux à forte identité éditoriale. Il n’y a qu’à consulter le hit parade des journaux marocains pour comprendre que le plus beau pays du monde obéit, lui aussi, aux tendances mondiales. Ce n’est pas plus mal. Demain, vous allez lire beaucoup plus de blogueurs que de chroniqueurs. Mais demain, peut-être, les blogueurs seront un peu plus journalistes et les journalistes un peu plus interactifs avec leurs lecteurs. Qui s’en plaindra ?

 
 
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