N° 379
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

ENTRETIEN. "Ce que le chèque royal changera…"
EXPOSITION. Le SOS de Monia
REPORTAGE. Sur les bancs du grand écran
PORTRAIT.Farce de frappe
LE MAG CULTURE



Propos recueillis par
Meryem Saadi

ENTRETIEN. "Ce que le chèque royal changera…"
Momo Merhari
et Hicham Bahou
(JIF)

Après nombre de difficultés financières, l’association l’EAC-l’Boulvart a reçu, le 15 juin, un chèque de Mohammed VI de 2 millions de dirhams. Un sérieux coup de pouce, nous expliquent les deux cofondateurs du festival L’Boulevard.


Alors, vous les avez dépensés ou pas encore les 2 millions de dirhams du roi ?
Hicham Bahou. Non, non. Nous n’avons pas encore décidé de ce qu’on allait faire de tout cet argent. Certains ont tendance à l’oublier, mais ce
chèque n’est pas à Momo ou à moi, il est destiné à toute l’association.

Et vos dettes dans tout cela ?
Momo Merhari. Justement, nous allons avant tout éponger nos dettes, qui s’élèvent à 300 000 dirhams, avec des factures impayées qui traînent depuis deux ans.

Et ensuite ?
M.M. Nous allons aménager le Boultek (local de l’association, situé au Technopark de Casablanca, ndlr) en véritable centre de musiques actuelles. C’est très important pour nous, étant donné que depuis que nous avons quitté la FOL (Fondation des œuvres laïques) en 2005, c’est la première fois que nous avons un endroit bien à nous. Nous avons vraiment été SDF pendant quatre ans.

Par quels aménagements allez-vous commencer ?
M.M. Les travaux débuteront début juillet, avec d’abord l’insonorisation des lieux. C’est primordial, nos locaux étant situés dans un bâtiment plein de bureaux. Puis, nous voulons vraiment mettre le paquet, et aménager des studios de répétitions totalement équipés qui pourront être utilisés pendant 20 ans, sans discontinuer.

Le chèque royal suffira-t-il à financer tout cela ?
H.B. Malheureusement non. Mais il va nous permettre d’accélérer les choses en démarrant tout de suite. Ensuite, pour réaliser tous nos projets, nous avons besoin de la somme globale de 5 millions de dirhams. Rien que l’insonorisation va nous coûter un million de dirhams. Nous organiserons bientôt une réunion avec le bureau de l’association pour définir nos priorités, et nous cherchons aussi des fonds du côté des organismes européens soutenant la culture.

Avez-vous senti que certaines personnes ont changé d’attitude envers vous depuis que vous avez reçu ce chèque ?
M.M. Pas encore. Mais cela ne fait même pas deux semaines que nous l’avons reçu, donc c’est trop tôt pour savoir. Même si on s’attend quand même à un changement de comportement des autorités.
H.B. Je pense vraiment que nous serons moins diabolisés qu’auparavant, et j’espère que nous aurons moins de difficultés à décrocher des autorisations ou à accéder à certains responsables. Mais bon, ça, seul l’avenir nous le dira (rires). Il faut nous reposer la question dans un mois.

Vous ne pensez pas que ce chèque royal a été signé avant tout à des fins politiques ?
M.M. Non, pas du tout. Premièrement, il s’agit d’un chèque personnel du roi. Deuxièmement, tout s’est fait dans la discrétion la plus totale, loin des projecteurs. C’est nous qui avons pris la décision de communiquer sur ce don royal, pas le secrétariat personnel du roi.

Aujourd’hui, de plus en plus d’événements organisés par l’Etat programment des groupes issus du L’Boulevard. Vous ne voyez pas cela comme une tentative de récupération ?
H.B. Depuis nos débuts, c’est davantage les sponsors que les politiques qui essaient de faire de la récupération du concept “L’Boulevard”. Plusieurs d’entre eux ont tenté de nous cannibaliser, sans succès. Nous tenons à notre indépendance, nous n’avons pas une vision marketing de L’Boulevard.

Cela ne vous dérange pas de voir que l’Etat surfe aujourd’hui sur une “tendance musicale” qu’il a longtemps ignorée ?
M.M. Franchement non. Cela nous fait plaisir de voir que ces groupes sont programmés un peu partout. Nous n’avons jamais considéré que nous avions le monopole de la nouvelle scène. Dès le premier jour, en 1999, notre objectif a été de faire en sorte que les structures privées et publiques suivent notre dynamique. Aujourd’hui, c’est justement le cas, nous n’allons pas nous en plaindre.

Mais le fait d’avoir reçu ce chèque royal n’est-il pas justement en contradiction avec l’esprit de L’Boulevard, qui se veut indépendant et alternatif ?
M.M. Cela ne change rien au fait que nous sommes des militants culturels. Nous continuerons de demander une véritable politique culturelle au Maroc. Et cela ne dépend pas du roi. Le gouvernement et les élus doivent comprendre qu’il ne suffit pas d’organiser des festivals et qu’il faut mettre en place des structures qui permettront un développement durable de la culture.
H.B. Et le gros problème, c’est que la plupart des Marocains considèrent encore la culture comme un luxe, et non pas comme une nécessité. Il faut détruire cette vision pour pouvoir aller plus loin.

Pour beaucoup, Génération Mawazine est une copie du Tremplin L’Boulevard. Qu’en pensez-vous ?
M.M. Sincèrement, nous ne sommes pas et nous ne serons jamais dans une logique de concurrence. Le plus important pour nous, c’est que les groupes aient le maximum d’occasions de monter sur scène et d’aller à la rencontre du public. Plus il existe d’événements comme le Tremplin et Génération Mawazine, mieux c’est. L’important, c’est que ces événements soient professionnels et bien organisés.

L’Boulevard 2010. Nouveau concept ?
Début mai, l’association l’EAC-l’Boulvart annonçait qu’il n’y aurait pas de L’Boulevard pour l’année 2009. Seulement un Tremplin, sur quatre jours, organisé dans les anciens abattoirs de Casablanca. Pour beaucoup, cela signifiait le début de la fin d’une ère. Celle pendant laquelle L’Boulevard était le rendez-vous incontournable – et quasiment le seul – des amateurs de musiques urbaines au Maroc. Mais, heureusement, l’aventure est loin d’être terminée. “Bien sûr qu’il y aura une onzième édition de L’Boulevard en 2010. D’ailleurs, nous allons peut-être changer un peu le concept, mais je ne peux pas en dire plus pour le moment”, explique, sourire aux lèvres, Momo Merhari. Pour le moment, ce qui est certain, c’est que les organisateurs comptent boucler la programmation musicale avant la fin de l’été, pour commencer à démarcher des sponsors dès la rentrée. Depuis que le principal sponsor de L’Boulevard (un opérateur de la téléphonie mobile) a pris la décision de ne pas renouveler son contrat avec l’association l’année dernière, Momo et Hicham sont à la recherche d’un moyen solide de financement. Le don royal poussera-t-il certaines entreprises à associer leur marque à l’événement ?

 
 
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