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Propos recueillis par
Meryem Saadi
ENTRETIEN. "Ce que le chèque royal changera
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Momo Merhari
et Hicham Bahou (JIF)
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Après nombre de difficultés financières, lassociation lEAC-lBoulvart a reçu, le 15 juin, un chèque de Mohammed VI de 2 millions de dirhams. Un sérieux coup de pouce, nous expliquent les deux cofondateurs du festival LBoulevard.
Alors, vous les avez dépensés ou pas encore les 2 millions de dirhams du roi ?
Hicham Bahou. Non, non. Nous navons pas encore décidé de ce quon allait faire de tout cet argent. Certains ont tendance à loublier, mais ce |
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chèque nest pas à Momo ou à moi, il est destiné à toute lassociation.
Et vos dettes dans tout cela ?
Momo Merhari. Justement, nous allons avant tout éponger nos dettes, qui sélèvent à 300 000 dirhams, avec des factures impayées qui traînent depuis deux ans.
Et ensuite ?
M.M. Nous allons aménager le Boultek (local de lassociation, situé au Technopark de Casablanca, ndlr) en véritable centre de musiques actuelles. Cest très important pour nous, étant donné que depuis que nous avons quitté la FOL (Fondation des uvres laïques) en 2005, cest la première fois que nous avons un endroit bien à nous. Nous avons vraiment été SDF pendant quatre ans.
Par quels aménagements allez-vous commencer ?
M.M. Les travaux débuteront début juillet, avec dabord linsonorisation des lieux. Cest primordial, nos locaux étant situés dans un bâtiment plein de bureaux. Puis, nous voulons vraiment mettre le paquet, et aménager des studios de répétitions totalement équipés qui pourront être utilisés pendant 20 ans, sans discontinuer.
Le chèque royal suffira-t-il à financer tout cela ?
H.B. Malheureusement non. Mais il va nous permettre daccélérer les choses en démarrant tout de suite. Ensuite, pour réaliser tous nos projets, nous avons besoin de la somme globale de 5 millions de dirhams. Rien que linsonorisation va nous coûter un million de dirhams. Nous organiserons bientôt une réunion avec le bureau de lassociation pour définir nos priorités, et nous cherchons aussi des fonds du côté des organismes européens soutenant la culture.
Avez-vous senti que certaines personnes ont changé dattitude envers vous depuis que vous avez reçu ce chèque ?
M.M. Pas encore. Mais cela ne fait même pas deux semaines que nous lavons reçu, donc cest trop tôt pour savoir. Même si on sattend quand même à un changement de comportement des autorités.
H.B. Je pense vraiment que nous serons moins diabolisés quauparavant, et jespère que nous aurons moins de difficultés à décrocher des autorisations ou à accéder à certains responsables. Mais bon, ça, seul lavenir nous le dira (rires). Il faut nous reposer la question dans un mois.
Vous ne pensez pas que ce chèque royal a été signé avant tout à des fins politiques ?
M.M. Non, pas du tout. Premièrement, il sagit dun chèque personnel du roi. Deuxièmement, tout sest fait dans la discrétion la plus totale, loin des projecteurs. Cest nous qui avons pris la décision de communiquer sur ce don royal, pas le secrétariat personnel du roi.
Aujourdhui, de plus en plus dévénements organisés par lEtat programment des groupes issus du LBoulevard. Vous ne voyez pas cela comme une tentative de récupération ?
H.B. Depuis nos débuts, cest davantage les sponsors que les politiques qui essaient de faire de la récupération du concept LBoulevard. Plusieurs dentre eux ont tenté de nous cannibaliser, sans succès. Nous tenons à notre indépendance, nous navons pas une vision marketing de LBoulevard.
Cela ne vous dérange pas de voir que lEtat surfe aujourdhui sur une tendance musicale quil a longtemps ignorée ?
M.M. Franchement non. Cela nous fait plaisir de voir que ces groupes sont programmés un peu partout. Nous navons jamais considéré que nous avions le monopole de la nouvelle scène. Dès le premier jour, en 1999, notre objectif a été de faire en sorte que les structures privées et publiques suivent notre dynamique. Aujourdhui, cest justement le cas, nous nallons pas nous en plaindre.
Mais le fait davoir reçu ce chèque royal nest-il pas justement en contradiction avec lesprit de LBoulevard, qui se veut indépendant et alternatif ?
M.M. Cela ne change rien au fait que nous sommes des militants culturels. Nous continuerons de demander une véritable politique culturelle au Maroc. Et cela ne dépend pas du roi. Le gouvernement et les élus doivent comprendre quil ne suffit pas dorganiser des festivals et quil faut mettre en place des structures qui permettront un développement durable de la culture.
H.B. Et le gros problème, cest que la plupart des Marocains considèrent encore la culture comme un luxe, et non pas comme une nécessité. Il faut détruire cette vision pour pouvoir aller plus loin.
Pour beaucoup, Génération Mawazine est une copie du Tremplin LBoulevard. Quen pensez-vous ?
M.M. Sincèrement, nous ne sommes pas et nous ne serons jamais dans une logique de concurrence. Le plus important pour nous, cest que les groupes aient le maximum doccasions de monter sur scène et daller à la rencontre du public. Plus il existe dévénements comme le Tremplin et Génération Mawazine, mieux cest. Limportant, cest que ces événements soient professionnels et bien organisés. |
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LBoulevard 2010. Nouveau concept ?
Début mai, lassociation lEAC-lBoulvart annonçait quil ny aurait pas de LBoulevard pour lannée 2009. Seulement un Tremplin, sur quatre jours, organisé dans les anciens abattoirs de Casablanca. Pour beaucoup, cela signifiait le début de la fin dune ère. Celle pendant laquelle LBoulevard était le rendez-vous incontournable et quasiment le seul des amateurs de musiques urbaines au Maroc. Mais, heureusement, laventure est loin dêtre terminée. Bien sûr quil y aura une onzième édition de LBoulevard en 2010. Dailleurs, nous allons peut-être changer un peu le concept, mais je ne peux pas en dire plus pour le moment, explique, sourire aux lèvres, Momo Merhari. Pour le moment, ce qui est certain, cest que les organisateurs comptent boucler la programmation musicale avant la fin de lété, pour commencer à démarcher des sponsors dès la rentrée. Depuis que le principal sponsor de LBoulevard (un opérateur de la téléphonie mobile) a pris la décision de ne pas renouveler son contrat avec lassociation lannée dernière, Momo et Hicham sont à la recherche dun moyen solide de financement. Le don royal poussera-t-il certaines entreprises à associer leur marque à lévénement ? |
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